Les oiseaux se cachent pour mourir / Colleen McCULLOUGH

« Selon une légende, il est un oiseau qui ne chante qu’une seule fois de toute sa vie, plus suavement que n’importe quelle créature qui soit sur terre. Dès l’instant où il quitte le nid, il part à la recherche d’un arbre aux rameaux épineux et ne connaît aucun repos avant de l’avoir trouvé . Puis tout en chantant à travers les branches sauvages, il s’empale sur l’épine la plus longue , la plus acérée. Et en mourant il s’élève au dessus de son agonie dans un chant qui surpasse celui de l’alouette et du rossignol. Un chant suprême dont la vie est le prix. […] »

Toute jeune, ces quelques mots m’ont marquée. Et je ressens une certaine mélancolie à repenser aux Oiseaux se cachent pour mourir (titre original : The Thorn Birds), un roman exceptionnel de la regrettée écrivaine Colleen McCullough. Son oeuvre a bercé plusieurs générations. Paru en 1977, elle a été adaptée en série à la télévision (1983) par Daryl Luke, avec notamment Richard Chamberlain, Rachel Ward, et Barbara Stanwyck.

les-oiseaux-se-cachent-pour-mourir-9782266211246_0

Comment résumer une saga familiale qui s’étale sur trois générations, allant de 1915 à la fin des années 60 ? Je vais essayer de faire simple : Les oiseaux se cachent pour mourir retrace l’histoire de la grande famille Cleary, fraîchement débarquée de Nouvelle-Zélande en Australie : Paddy et Fiona, les parents, et leurs 7 enfants. Ils sont recueillis par la vieille et riche veuve Mary Carson, sœur de Paddy, pour l’aider à entretenir Drogheda, l’immense domaine et élevage de moutons de feu son époux. Dans l’enfer paradisiaque de cette immense parcelle va grandir Meggie, seule fille de la tribus. A leur arrivée, ils rencontrent le père Ralph de Bricassart, un jeune ecclésiaste responsable de la paroisse de Gillanbone, dont dépend Drogheda. La famille Cleary va se lier d’amitié avec cet homme, et surtout Meggie, qui ne reçoit que peu d’amour de sa mère, pour qui la condition de fille n’est pas louable. L’enfant voit en le prêtre un confident, puis un ami, et dans les affres de l’adolescence, elle y voit peut-être quelque chose de plus, malgré sa condition et leur 20 ans de différence. Jalouse de la jeunesse de sa nièce, et voyant d’un mauvais œil cette entente, Mary va jouer de son pouvoir pour propulser l’ambitieux père Ralph dans les hautes sphères de la religion catholique, l’éloignant ainsi de sa famille. Pourtant, il ne cessera de revenir à Drogheda, où son cœur bat, malgré le fait que Meggie ait décidé de faire sa vie sans lui…

 


 

Je ne m’attarderai que sur les sujets intéressants que le livre, outre son côté romantique, aborde avec élégance.

  • Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé l’analogie qu’a fait l’auteure entre le titre de son livre et l’histoire de ses personnages. En effet, comme ça, les Oiseaux se cachent pour mourir n’évoque rien qui puisse faire penser ni aux lieux, ni aux péripéties, ni même à l’époque qui entoure notre histoire. Et pourtant, en y réfléchissant, il s’avère que c’est une image qui résume parfaitement le destin des personnages : on n’obtient jamais rien sans souffrir.
  • Dans ce livre,  il est beaucoup question d’effort, d’ambition, d’amour et de souffrance, à commencer par celle des Irlandais (Paddy et Mary), poussés par la misère à émigrer vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande, pour y tenter une nouvelle vie. Mary aura été celle ayant le mieux réussi ; elle a su jouer de ses charmes et de son talent manipulateur pour épouser l’une des plus grosses fortunes d’Australie, là où Paddy, éternel romantique, s’est marié par amour à une femme qui ne l’aimait pas vraiment. Malgrés tous ces défauts, Mary conditionne l’avenir de chaque membre de la famille Cleary à partir du moment où elle donne la responsabilité du domaine à son frère.
  • En parlant de Drogueda, la façon dont la terre est abordée dans l’histoire la rend presque vivante : McCullough en fait un personnage à part entière.
  • Elle a également réussi le tour de force de faire de son oeuvre une véritable chronique de la vie en Océanie : elle y aborde les difficultés du quotidien, dues à des conditions climatiques très rudes (sécheresse, chaleur, incendies, pluie démentielles tous les 10 ans…), mais également la vision lointaine qu’ont eu ces îliens des problématiques européennes durant le 20ème siècle. Les GM sont abordées avec distance, mais elles impactent tout de même ce pays, pourtant à l’autre bout du monde.
  • Le roman traite (oui, oui, on y arrive enfin…) d’une histoire d’amour impossible. Cela soulève la question du célibat des prêtres, un sujet tabou, de par les déviances que cela peut engendrer, et c’est un sujet toujours d’actualité, même en 2018. De plus, je pense que certaines personnes auront été choquées par le fait que le prêtre soit attiré (non pas sexuellement ni même physiquement) par la petite Meggie la première fois qu’il la rencontre, alors qu’elle est à peine âgée de 11 ans. Non, il ne veut que la protéger alors, d’un monde où les hommes sont rois et où les filles n’ont aucun droits. La voir triste lui fend le cœur, et je pense que même sans avoir d’histoire d’amour charnelle, il est possible d’avoir une âme sœur. C’est ce qui arrive entre ces deux êtres, à ceci près que le Dieu de Ralph aura été bien cruel de les avoir ainsi séparé par la barrière de l’âge et par la barrière de la foi.
  • Enfin, la condition des femmes dans un monde hostile et fait d’hommes est l’un des sujets que j’ai préféré. On y voit l’évolution de l’émancipation des femmes, surtout avec l’arrivée de Justine… personnage difficile que j’ai pourtant beaucoup apprécié !

Bien que j’ai adoré me replonger, en images cette fois, dans l’enfer brûlant de Drogheda à travers la série télévisée, j’ai été déçue (mais je m’y attendais) qu’elle ne tourne presque qu’autour du mélodramatique amour interdit entre Ralph et Meggie, là où les histoires des autres personnages sont bien moins développées. Je vous conseille donc fortement de lire le livre avant de vous attaquer à la série, qui compte 4 épisodes de 120 minutes.

Petite anecdote : Il est le livre australien le plus vendu au monde et a été diffusé à plus de 30 millions d’exemplaires. Traduit dans plus de vingt langues différentes, ce roman a fait de Colleen McCullough une figure internationale, dont la popularité n’a fait qu’augmenter.

 

Ma Note : 19/20

 

 

via Lecture au coin du feu

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :