La Forme de l’Eau – 2018

Nouveauté signée Guillermo del Toro, ce film suit la vie d’une technicienne de surface employée dans un grand laboratoire gouvernemental où sont menées des expériences secrètes. Solitaire, elle vit une existence routinière, qui ne lui déplaît pas non plus. Son mutisme rendant difficile son ouverture aux autres, elle s’est néanmoins liée d’amitié avec Zelda, une collègue de travail bavarde et joyeuse, malheureuse en ménage et qui n’a pas sa langue dans sa poche, ainsi qu’avec son voisin Giles, un vieil artiste dont la carrière est au plus bas. La vie d’Elisa bascule le jour où une nouvelle expérience commence au laboratoire, plus secrète que secrète… Une nouvelle espèce marine a été découverte, et le gouvernement a rapatrié le seule spécimen connu à l’heure actuelle pour une série de tests afin d’en apprendre plus.

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Un mot pour décrire ce film ? Poétique… Il manie les plans, la musique, les personnage comme un chef d’orchestre, et l’on sent une intense poésie qui découle du film… Une poésie tantôt froide, tantôt romantique, mais toujours pure et même parfois crue.

Je dis un grand oui à la performance des acteurs :

  • Sally Hawkins est tellement convaincante dans son rôle de muette timide mais engagée,
  • Octavia Spencer est comme toujours attachante en mama Afro-Américaine déçue en ménage,
  • Michael Stuhlbarg est un agent Russe infiltré, très humain et opposé à un Michael Shannon, personnage détestable personnifiant caricaturalement l’américain parfait, blanc, de banlieue, virile et religieusement irréprochable (hum…) qui ne supporte pas de perdre le contrôle d’une situation…
  • Richard Jenkins, un artiste reclus homosexuel un peu loufoque, mais attachant comme tout.

Étrangement, c’est la créature amphibie, monstre ou sirène sujet de l’expérience ultra-secrète, sur laquelle on s’arrête le moins… Ainsi, tout se concentre sur ce que son apparition entraîne autour d’elle, et non pas sur elle-même. Finalement, la caméra se concentre bien plus sur l’époque, les personnages et leurs relations plus ou moins complexes, que sur la créature amphibie elle-même.

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Dans un cadre très 50’s, qui oscille entre grandeur (Viva America !) et fermeture de ses frontières (ah, le grand frisson de la guerre froide et la hantise soviétique…), les couleurs du film sont à la fois ternes et lumineuses. Le cadrage met en lumière de multiples sujets dans ce film que j’ai adoré (contrairement au Labyrinthe de Pan, que je n’ai pas du tout aimé, ne vous en déplaise !) :

  • La condition des personnes muettes : Elisa vit seule, et ne brille pas par son rythme de vie mondain et trépidant. Elle ne peut parler à personne, et si ses amis ont appris le langage des signes, une barrière invisible la coupe du reste du monde. Les muets, tout comme les sourds et de manière plus globales, les personnes souffrant d’un handicap, sont toujours mises à l’écart, volontairement ou non là n’est pas la question.
  • De ce sujet en dérive un autre : l’appel au toucher, sans quoi le film serait nettement diminué. Elisa, qui ne peut s’exprimer à voix haute, y fait appel à chaque instant du film. D’un geste, elle mobilise l’extrémité de ses doigts avec délicatesse et justesse, avec une aisance suave et élégante allant souvent jusqu’à la séduction, mais une séduction involontaire et totalement innée. Par opposition, le colonel Richard Strickland s’en trouve privé, de cette délicatesse, car il n’est ni attentif, ni réceptif. Il n’est que contrôle, dictats et virilité, et s’en trouve philosophiquement réduit dès les premières minutes du film.
  • L’histoire d’amour : elle aurait pu être dégoulinante et complètement mièvre. Del Toro nous montre un peu de son talent en nous rappelant qu’une histoire d’amour, si elle est vraie et non polluée par le romantisme d’adolescente en recherche d’amour ou de vieille ménagères en manque de tendresse, reste l’un des sujets les plus touchants.
  • La montée en puissance de l’affirmation de plus en plus bruyant des femmes, et avec cela, l’ouverture sur un autre sujet : la sexualité, agrémenté de masturbation, homosexualité… et leur intolérance par les mœurs de l’époque (à réflexion… sommes-nous vraiment sortis des 50’s ???)
  • Notre relation aux autres, et plus particulièrement notre ascendance sur les autres espèces vivantes, avec l’apparition d’une entité que l’on ne comprend ni ne connaît et que l’homme, dans sa quête de pouvoir, détruit presque en cherchant à la comprendre et à la contrôler… ce qui nous ramène encore une fois à la non tolérance des hommes, à notre peur de l’inconnu et à notre irrépressible envie de dépecer tout ce qui ne nous ressemble pas.

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J’ai aimé les choix de réalisation. Sally Hawkins, que je trouve très belle, ne correspond néanmoins pas aux standards hollywoodiens. Elle s’attache à la créature car celle-ci ne voit pas en quoi elle est diminuée. Bref… c’est un film intimiste qui nous est offert, et c’est un voyage dans le temps réussi que l’on nous invite à faire. Le plus : on s’attache à tous les personnages, sauf au grand méchant… que l’on est content de voir souffrir !

Ah oui, j’oubliais : j’ai adoré la musique un peu rétro, qui s’accorde divinement avec les sentiments d’Elisa ! Bref, à voir absolument en VO(STFR) dans vos cinémas les plus proches, s’ils le diffusent toujours 🙂

Ma note : 18/20

Et toi, l’as-tu vu ? Partage-nous ton point de vue sur La Forme de l’Eau !

via Le 7ème art

3 commentaires sur “La Forme de l’Eau – 2018

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  1. J’ai adoré ce film. Au delà de l’histoire et du personnage interprété par Sally, j’ai avant tout été sensible au soin apporté aux couleurs et à la photographie. L’univers aquatique y est symbolisé dans chaque teinte, chaque aspérité … Des dégradés de bleus et de verts … Et quand l’histoire d’amour prend forme et que le danger se fait sentir ce sont des notes de rouges qui apparaissent par ci par là. Un sublime travail de réalisation en somme !

    Aimé par 1 personne

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