Une vie de Poppy

Un bruit presque imperceptible me fit ouvrir l’oeil. Aux aguets, je restai un moment sans bouger, le temps de m’assurer que ce n’était que le fruit de mon imagination. Une fois certaine que je ne courais aucun grave danger imminent, je m’étirai longuement, dénouant des muscles ankylosés par un somme imprévu. Combien de temps avais-je dormi ? La pièce était maintenant plongée dans la pénombre, ce qui me laissait penser que la nuit était presque déjà là. Bon, il semblait que ce soit le timing parfait. Les grands-benêts ne seraient pas de retour avant plusieurs heures. Je les aimais bien, mais je les trouvais vraiment débiles parfois, avec leurs voix aiguës et leurs mimiques ridicules lorsqu’ils me parlaient. Je ne suis pas un chat, merde ! Alors que je me retournais pour boire un peu, la gorge desséchée par le pollen des innombrables plantes qui m’entouraient, je m’aperçus, ô joie, que mon antre était ouverte. Bingo ! C’était là une occasion inespérée. Prenant mon élan, je sautai, et atterris avec une souplesse relative de l’autre côté de la fenêtre, d’habitude bardée de barreaux qui m’empêchaient toute tentative d’évasion. Haaaaa ! Quel bonheur de sentir autre chose que le sol couvert d’herbe coupée qui me servait de paillasse ! Le carrelage froid me sembla si agréable pour vaincre la chaleur de cette journée d’été interminable ! Furetant un peu partout, je passai devant des lieux que, d’habitude, je ne faisais qu’observer. Des moutons de poussière, partout ! J’éternuai bruyamment, trois fois d’affilé. Même si j’étais généralement libre de mes mouvements, je n’aimais qu’en faire le moins possible lorsque les grands-benêts étaient à la maison, allez savoir pourquoi… Je suis sûre qu’ils auraient aimé me voir gambader, petite chose poilue toute mignonne… Cela dit, j’étais bien traitée, et j’éprouvais même de la tendresse envers les mini-benêts : ils étaient vraiment mignons, mais, sans fourrure comme leurs grands-benêts, ils avaient vraiment une tête bizarre. Avide de nourriture autre que ces infâmes granules, insipides et durs comme du bois, qu’ils me donnaient habituellement, je fleurai quelque chose de très tentant dans ce qu’ils appellent “cuisine”. Un mélange d’endives fraîches et de… carottes ! Oubliant toute prudence, je me précipitai vers le grand panier qui renfermait le saint Graal, lorsque la lumière inonda tout à coup le couloir. Je me pétrifiais sur place, le coeur battant à la chamade. Obnubilée par mon estomac, je ne les avais pas entendus revenir ! Vite, une cachette… Réfléchis, idiote !!! Là ! Je me réfugiais en hâte derrière un gros cylindre en fer qui sentait mauvais, je crois que c’est là qu’ils mettent tous leurs gaspillages. Pas de grands cris, pas de pas précipités. J’avais encore quelques chances de regagner ma cage sans soucis… lorsque je vis un mini-benêt, le plus petit d’entre eux, arriver vers moi, son doudou à la main. Les yeux ensommeillés, il me regarda, et me tendit une main potelée. “PO-PPY” bégaya-t-il. Si le mini-benêt était là, c’est que les grands-benêts devaient l’être aussi… J’aurais dû vérifier à deux fois avant de tenter quoi que ce soit !!! Avant qu’ils ne ramènent leurs gigantesques personnes, et que je ne me fasse attraper les poils, je passais en furie devant le mini-benêt, qui rit aussitôt : un son cristallin si mignon que j’aurais pu m’arrêter, mais la peur était la plus grande : je sautai dans ma cage, et me réfugiai dans un coin… Ouf, je l’avais échappée belle !!! La prochaine fois… Non pas de prochaine fois ! Ce n’est vraiment pas toujours facile, d’être un lapin !

 

Texte écrit dans le cadre de l’Exercice n°6 Incroyable animal, proposé par Chloë de CP-WRITING !

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Ci-dessus, notre petite Poppy d’amour !!! 😀

via Les essais de Plume / ATELIER D’ECRITURE

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