Des Fleurs Pour Algernon / Daniel KEYES

Voici un livre que le chéri avait lu, il y a très longtemps, et qu’il m’avait grandement conseillé… Alors ni une, ni deux, lorsque nous l’avons retrouvé chez ses parents le mois dernier, je m’y suis attelée sans plus attendre, et je dois dire qu’il fait partie des livres qui me laissent une grande et drôle d’impression, accompagnée d’une boule dans la gorge.

Des fleurs pour Algernon, de son titre original Flowers for Algernon, est l’oeuvre majeure de Daniel Keyes, disparu en 2014. D’abord nouvelle en 1959, devenue roman en 1966, cet ouvrage a valu à son auteur plusieurs prix, dont le prix Nebula 1966 du meilleur roman. C’est aujourd’hui une référence dans le monde de la science-fiction, qui a donné lieu à une adaptation cinématographique, Charly, en 1968.

“Algernon est une souris de laboratoire dont le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler l’intelligence. Enhardis par cette réussite, les deux savants tentent alors, avec l’assistance de la psychologue Alice Kinnian, d’appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d’esprit employé dans une boulangerie. C’est bientôt l’extraordinaire éveil de l’intelligence pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et l’amour qui naît entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jour, les facultés supérieures d’Algernon déclinent. Commence alors pour Charlie le drame atroce d’un homme qui, en pleine conscience, se sent retourner à l’état de bête.”

Ce roman, assez court d’apparence (252 pages), j’ai mis plus d’une semaine à le lire, à raison d’un peu tous les soirs. J’en ai apprécié chaque page, et, moi qui dévore habituellement les mots, je me suis mis le hola! et me suis forcée à prendre mon temps. La science-fiction y est peu présente, car si ce n’est l’opération que subit Charlie Gordon au tout début, le reste n’est que réflexions psychologiques et observation des potentielles conséquences d’une telle avancée scientifique.

Le livre se déroule entièrement du point de vue de Charlie. En effet, c’est à travers ses comptes-rendus, demandés par le Pr Nemur et le Dr Stauss, que l’on suit son histoire. Cette forme de journal intime, remis aux psychologues, nous permet de suivre l’éveil du jeune homme. La première chose qui nous frappe, ce sont les fautes d’orthographe. Charlie est une personne aux capacités intellectuelles limitées : à l’école, il avait beaucoup de mal à assimiler les notions inhérentes à une scolarité basique, mais malgré les conseils de ses professeurs, sa mère a toujours refusé de l’envoyer dans une école spécialisée, persuadée qu’elle parviendrait à faire de son fils quelqu’un de “normal”. Ainsi, ses premiers compte-rendus, qui chronologiquement se placent quelques jours avant et après l’opération, sont truffés de fautes d’accords, d’orthographe et de grammaire, ce qui en rend parfois la lecture laborieuse. Par contre, j’ai ressenti une certaine excitation à être attentive à ma lecture et, par ce biais, à l’évolution du personnage, tant et si bien que peu à peu on se rend compte que Charlie fait moins de fautes, et utilise des mots bien plus compliqués.

Extrait 1

Extrait 2

Extrait 3

Évolution de l’expression et de l’orthographe de Charlie

Extrait 1 (5 mars) / Extrait 2 (21 mars) / Extrait 3 (13 avril)

Paradoxalement, même si l’on suit Charlie à travers ses comptes-rendus, il est parfois compliqué de se mettre à sa place, surtout lorsque son QI dépasse les 150. Bien sur, j’ai éprouvé de l’empathie pour son personnages, au départ attachant et bienveillant, qui se transforme peu à peu en quelqu’un de plus antipathique et cynique au fur et à mesure de sa découverte du monde. Je me suis, par la suite, plutôt mise à la place des personnes qui entourent Charlie, aka les psychologues, témoins de sa puissante ascension. D’abord protecteurs vis-à-vis de lui, ils deviennent rapidement irrités par l’arrogance et la supériorité du jeune homme qui croissent, proportionnellement à son intelligence.

Mais malgré tout, j’ai suivi avec émotion les évolutions du personnages principal, qui se débat avec des souvenirs qu’il ne comprenait pas à l’époque où il était “idiot”, mais maintenant viennent le frapper de plein fouet : une mère d’abord aimante, puis odieuse envers lui lorsqu’elle se rend compte qu’il ne sera jamais normal ; un sœur jalouse de l’attention de ses parents envers son frère attardé ; des amis qui rient de lui, bien qu’avec lui… Toute une torsion de sentiments et de faits qui entourent sa croissance accélérée, et avec lesquels il se débat. Au plus il devient intelligent, au plus il perd sa candeur, et moins il est heureux : oui, l’intelligence peut être un frein au bonheur. Comprendre le monde, c’est se poser des questions et prendre conscience du paradoxe humain. C’est aussi s’éloigner des autres, car plus personne ne peut ni ne veut suivre ces cheminements complexes dans lesquels personne ne peut l’accompagner. C’est d’ailleurs l’un des constats lorsqu’il prend conscience de son déclin : à quoi bon être intelligent, si c’est pour finir seul ? Au moins, lorsqu’il était limité, il avait des amis, il passait de bons moments, il n’avait pas à s’inquiéter de quoi que ce soit.

L’empathie revient avec plus de force lorsque Charlie redevient tel qu’il était auparavant : c’est vraiment dur de le voir perdre si rapidement ses facultés de compréhension et d’expression. Il est alors beaucoup plus aisé de se mettre à sa place à ce moment : il retrouve sa candeur, même s’il a perdu, je trouve, son innocence. Il redevient un enfant, un enfant marqué par son passage éclair dans la lumière de la connaissance. Un enfant qui finit dans un asile, qu’il a visité en tant que personne à l’intelligence certaine, et qui lui a fait pitié, malgré la bienveillance des aides-soignants.

La relation de Charlie et Algernon évolue également au cours du livre. Tout d’abord, Charlie est exaspéré car Algernon est plus intelligente que lui et plus rapide à résoudre les labyrinthes : il la hait. Puis l’écart se resserre, pour que très vite, Charlie dépasse Algernon. A partir de là, un profond attachement naît entre les deux surdoués, enfin surtout dans le sens Charlie > Algernon, si bien que la souris est finalement la seule entité envers laquelle le jeune homme se sentira protecteur, attaché, et bienveillant à tout moment du reste du livre. Il ne lui fait pas mal émotionnellement comme il le fait à Alice, ou à Fay. Lorsqu’Algernon décline, et finit par mourir, Charlie sait qu’il la suivra dans peu de temps ; et ce peu de temps qu’il lui reste, il le passera à résoudre le problème de cette régression involontaire. Finalement, la décroissance du QI, résultant de l’opération et de la prise d’hormone, sera proportionnelle à la croissance de leur intelligence, à Algernon et lui-même. Entre le 3 mars et le 21 novembre, Charlie aura fait une apparition éphémère dans la vie de pas mal de monde, laissant une impression mitigée. C’est, par ailleurs, à Algernon que sont adressés ses derniers mots : “PS : Si par hasard vous pouvez mettez quelques fleurs si vous plait sur la tombe d’Algernon dans la cour”

Le seul reproche d’incohérence que je puisse faire au livre, qui, d’ailleurs, est très bien documenté, tant en termes de psychologie que de sciences pures et dures, c’est la phase clinique de l’étude. Algernon est une souris blanche, qui a donc une espérance de vie de 2 à 3 ans. Sachant que la dégénérescence de Charlie est intervenue en Septembre, il a eu en tout et pour tout 4 à 5 mois à l’apogée de son intelligence, si l’on omet les 2 mois d’apprentissage accéléré entre l’opération et ce moment là. Lorsque l’opération de Charlie a eu lieu, il s’est passé encore plusieurs mois durant lesquels Algernon était elle aussi à son apogée d’intelligence. Ce qui veut dire que, si les temps sont idylliquement les mêmes pour une souris et un être humains (scientifiquement c’est faux, mais bon, passons sur ce détail), ils ont passé sur un cobaye humain moins de deux mois après avoir eu leur premier succès sur souris. Mouais……. Si dans la vraie vie, cela arrivait, je peux vous assurer qu’il y aurait quelques années de prisons pour les médecins ayant osé une telle chose ! Car aucun recul sur les effets, aucun protocole validé, aucune autorisation obtenue… Bref la liste est longue ! Mais à part ce léger problème de cohérence, je vous recommande fortement ce livre, qui n’est pas très récréatif, mais fait énormément réfléchir sur le sens de la vie.

J’oubliais… C’est également une grande illustration de l’état de solitude dans laquelle sont plongées les personnes dites arriérées. Ou qui ne sont pas dans la norme. Qui ont un QI trop bas comparé à la moyenne. Mais également trop haut. Tous ces gens qui ne sont pas normaux, ce mot étant en fait vide de sens. Le Pr Nemur en est le premier témoin : à ses yeux d’humain, comme à ses yeux de scientifique, le Charlie Gordon idiot n’était pas un être humain, et se targue d’avoir été le créateur du Charlie Gordon intelligent. En cela, le livre est vraiment bien écrit. Les dernières lignes m’ont grandement émues, et je garderai un souvenir intangible de cet ouvrage, qui m’a beaucoup touché.

Ma note : 20 / 20

Et toi, as-tu déjà eu l’occasion de lire Des fleurs pour Algernon ? Qu’en as-tu pensé ? Si non, t’ai-je donné envie de le lire ? N’hésite pas à laisser ton avis en commentaire ! 🙂

4 commentaires sur “Des Fleurs Pour Algernon / Daniel KEYES

Ajouter un commentaire

  1. Je l’ai lu au lycée quand j’étais en Bac pro’ ! (tu sais le fameux bouquin qui est à lire pendant l’année haha ;P). Personnellement je l’ai trouvé un peu bizarre au début, mais plus je le lisais, et plus je le trouvait intriguant, et j’ai aimé 🙂

    Aimé par 1 personne

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