My Lady – 2017

Certainement mon bijou anglais de l’année. Par où commencer ? La prestation époustouflante des acteurs ? Le scénario simple mais criant de vérité ? La bande son génialissime ? Les émotions qui vous liquéfient sur place ?

“Bel hommage au travail de ceux qui rendent la justice, MY LADY permet d’aller à la rencontre d’une femme qui se reconnecte avec ses émotions et s’autorise à les ressentir.” Le blog du cinéma

 

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My Lady. Ce titre honorifique est celui utilisé pour s’adresser à Fiona Maye, juge aux affaires familiales à Londres. Spécialisée dans les affaires touchant les mineurs, elle s’appuie sur le Children Act, et doit savoir prendre des décisions importantes, parfois impossibles, sous la pression des média et, dans la majorité des cas, sous la contrainte du temps. Analyse et décision ne laissent que peu de place à l’insouciance. Rigoureuse, sérieuse, concentrée, bourreau de travail, la vie de Fiona Maye se voit bouleversée lorsque Jack, son époux aimant mais se sentant délaissé, lui fait part de son envie d’avoir une liaison. L’amour entre eux s’est, au fil des années, étiolé en tendresse fraternelle, et son refus d’enfant (que Jack ne lui reproche pas) n’a en rien aidé. S’ils s’aiment encore, la distance qui s’est installée entre eux ne peut que s’agrandir si elle refuse de voir les choses en face. Le jour où Jack quitte le domicile conjugal, tout vacille pour Fiona : son pilier, ses certitudes. Le piano et la musique sont les seuls à lui offrir un peu d’amusement… Mais elle ne se lâche jamais vraiment. Ajoutons à cela une affaire urgente à traiter : l’hôpital saisit la juge afin de pouvoir transfuser un adolescent de presque 18 ans, témoin de Jéhovah, et atteint de leucémie, qui refuse que son sang, l’essence de sa vie et don de Dieu, ne soit souillé par le sang d’un autre. Décision peu orthodoxe, elle décide avant de rendre son verdict, d’aller rendre visite à ce jeune homme vif et malicieux, afin d’entendre de sa bouche les raisons de sa décision.

“Combien de temps vas-tu m’en vouloir ? Je suis là. Je n’ai quitté ce mariage que deux jours. Toi, cela fait des années que tu n’es plus là.” Jack Maye

Emma Thomson dans le rôle de la juge Maye… Plus qu’une idée de génie, un véritable éclat de diamant brut. J’adore cette actrice éclectique et talentueuse, qui s’épanouit à chaque nouveau film dans son art. Dans ce rôle, vibrante de sensibilité, sa passion pour son travail aura quasiment raison de ses 20 ans de mariage avec Jack, joué par l’excellent Stanley Tucci. Elle transmet tant de choses dans son regard : elle ne dit rien, mais le conflit que l’on peut lire dans son regard en dit plus long qu’un discours. En témoigne la scène où elle rentre dans son appartement vide : le vide sidéral dans ses yeux nous transmet ce que des paroles auraient tout gâché. Alors, oui, il est étrange qu’elle ne se batte pas pour son mariage, pour un homme qu’elle a aimé et qui l’aime toujours. Mais à vivre à côté de quelqu’un par habitude, sans plus le regarder ou le considérer, l’amour finit souvent (toujours ?) par s’éteindre.

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C’est dans cette délicate période de son mariage que Fiona se voit confrontée à une affaire que l’on n’a pas l’habitude de voir traiter au cinéma, en tous cas pas de façon si personnelle ni si approfondie. La rencontre avec Adam, joué par Fionn Whitehead, la bouleverse sous plusieurs angles. Je ne saurai dire mieux que Le Figaro : “Fiona est venue avec l’idée de l’arracher à l’emprise de ses parents, bien qu’il assure partager leur foi. Elle veut le sauver malgré lui, en vertu du «children act», une loi de 1989 qui fait prévaloir l’intérêt de l’enfant. Mais ils se retrouvent bien au-delà d’un conflit juridique. Ils discutent du bien et du mal, de la dimension sacrée de l’être, du sang qui est la vie. Si Adam finit par accepter la transfusion, ce n’est pas qu’il renie sa foi, c’est qu’il est emporté vers la vie par sa passion naissante pour cette belle juge penchée sur lui avec une attention si grave. […]. Avec le personnage d’Adam, […] My Lady retrouve la communication avec les grands fonds intérieurs, dont nous sommes souvent coupés. Parce qu’il vit au contact direct de la mort, du désespoir, du salut, de l’amour, l’adolescent entraîne Fiona dans des émotions primordiales. Le film entre alors dans d’autres orages, d’autres naufrages. Et c’est magnifique de voir naître, sous le réalisme quotidien d’aujourd’hui, le lyrisme éternel du grand romantisme.”

“Remember : my choice”. Adam

D’une part, entre religion et société, c’est un véritable tour de force de la part de Richard Eyre de réussir à interroger le spectateur sans l’amener à juger : de l’influence de la religion et des croyances sur ses actes et sur sa propre santé, à l’insatisfaction de se rendre compte que ce en quoi l’on croit si fort n’est en fait rien sinon la foi… un thème si fort. D’autre part, c’est la rencontre avec un enfant qui n’en est presque plus un : le fils qu’elle aurait pu avoir, ou le souvenir du jeune homme (qu’était Jack avant qu’ils ne s’enlisent dans la monotonie de la vie conjugale et qui la touche. Tiraillée entre sa droiture, son instinct et sa force de caractère, Fiona va toujours combattre ce qui pourrait être considéré comme la crise de la cinquantaine, ou le réveil d’une femme mature qui sait que son mari en désire une autre. Sans jamais tomber dans les dictats du cinéma hollywoodien, en restant à distance des émotions qui chamboulent son esprit, la juge Maye est à la fois un modèle à laquelle toutes les femmes devraient aspirer, et l’antithèse de ce à quoi elles devraient ressembler. Entre ses différents émois, le seul à savoir que quelque chose cloche est le greffier de Fiona, qui la connait bien, et qui sera discrètement toujours présent pour elle.

 

J’ai aimé ressentir de l’empathie pour tous les personnages : il est rare de pouvoir en dire autant. Loin du faste de la grande cour américaine et de sa représentation cinématographique, la teneur britannique du contexte permet une retenue toute particulière, une sorte de pudeur qui fait la force de My Lady. Dans ce film, tout est question de choix : condamner ou épargner, protéger ou exposer, se laisser aller ou se contenir, rejeter ou se laisser aimer, vivre ou mourir.

 

The Children Act en anglais, My Lady en français. Titre que j’ai trouvé approprié dans les deux cas, très fort et meanfull pour le premier, bien plus onirique pour le second…. J’ai après coup très envie de lire le livre dont est tiré le film : A Children Act de Ian McEwan, publié en 2015.

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Ma note : 18/20

Et toi, as-tu vu cette perle de film sortie ce mois-ci en France ? Qu’en as-tu pensé ?

 

 

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