Amour du savoir

Aujourd’hui, j’ai bravé mon destin.

Je l’ai pris à bras le corps, malgré les obstacles dressés tels des lances sur mon chemin :

“Renonce, mon enfant, qui voudrait d’une femme qui pense ?

A ton avis, pourquoi le Seigneur a-t-il réservé aux hommes le bon sens ?”

Tous, ils ont tenté de me transformer en sotte ingénue de couloir,

Mes parents comme les autres, sans comprendre mon insatiable soif de savoir.

Caprices de la vie, furie d’érudite ou simple éveil de ma condition ;

Promis, je partirai dès qu’ils me chercheront un “bon mari”, synonyme de soumission.


“Tu es grande maintenant, tu dois cesser ces enfantillages.

Es-tu bien consciente que toutes les idées que tu lis dans tes ouvrages

Bien que te semblant révolutionnaires, ne pourrons pas être partagés par une fille ?”

La sentence de ma mère sonnait irrévocablement ; elle qui n’a jamais été plus qu’une coquille.

Seule, je me suis construit une forteresse mentale, où ces atteintes étaient vaines.

Chose cocasse quand je pense que les livres sont pour moi synonyme d’évasion, loin de l’ignorance humaine

Dont l’ampleur me frappe chaque jour davantage.

J’ai conscience de mes ambitions arrogantes sont loin de celles d’une simple fille de village

Besoin irrépressible, de tout savoir sur tout, de nourrir mon esprit pour trouver sérénité.

Dans mon pays, on ne la comprend pas, “la fille aux livres compliqués et sans images” et

Ma seule joie est la correspondance entretenue avec un maître des mots et de l’imagination ;

Vie à mille lieux de ma réalité, mais seul à m’encourager dans mon combat contre l’oppression.


Depuis que j’ai appris que Père et Mère voulaient me donner à

Ce que j’appellerais volontiers le premier malvenu, cet idiot de Micha,

Premier à se pavaner devant ses compagnons, insupportablement sûr de lui,

Regard de colère et baluchon de fortune, j’ai pris sur l’heure la route, sans un bruit.

Depuis aujourd’hui, Liberté est devenue ma réalité.

Ce n’est qu’au bout de plusieurs heures de marche que, fatiguée,

Premier talus que j’ai trouvé, je m’y suis appuyée.

Mot lointain en écho à un rêve incertain : “Mademoiselle, allez-vous bien ?”

Mon attention se porte sur un homme en voiture, arrêté au bord du chemin.

“Centre Littéraire des Poètes de Paris”, j’ai pu lire sur la portière

De l’automobile dont le propriétaire m’invita à être la passagère.

Gravité, conquête spatiale, épithètes et botanique, tous les sujets furent abordés,

C’est que mon sauveur m’a partagé sans retenue son savoir, et il m’a même soufflé :

“Toi, tu es loin de toutes ces grues faussement instruites qui se disent grandes dames,

Thomas Hardy n’a qu’à bien se tenir, car tu me sembles être une poète de l’âme.”


Et je suis arrivée dans cette ville animée, emplie de lumière, où art et culture se côtoient.

Lorsque sous la grande arche je suis passée, ma détermination n’a point vacillé, pas une seule fois.

J’ai osé demander à ce gentil jeune homme qui a eu la bonté de me conduire en ce lieu,

Vu mon ignorance des us et des coutumes à la parisienne, qu’il me mène à mon monsieur.

“Tes pas accompagneront donc les miens jusqu’en sa demeure” s’exclama-t-il avec bonheur.

Larmes de reconnaissance ravalée par la fierté de me montrer à la hauteur.

“Tu verras, Grand-Père n’a jamais mordu personne !”, me dit-il en arrivant dans une belle cour ombragée

Ne sachant que répondre, je me tournais vers lui pour, du regard, l’interroger.

Saurais-je un jour comment il su ? Car je me retrouvais soudain seule devant cette grande porte intimidante.

“Ô Dieux, donnez-moi les mots pour affronter sans perdre face, rendez-moi convaincante !”

Combien de temps suis-je restée en réflexion devant l’entrée, le poing levé ?

J’ai fini par me faire violence, et par trois fois, j’ai toqué à la porte de ma destinée.

“Été, Automne, Hiver, Printemps, voilà plus d’un an que je t’attends !”

Émue, je suivis le vieil homme qui m’accueillit telle son propre enfant.


Chaque jour qui passa à compter de celui-ci fut un ravissement, je me réjouis,

Instants de grâce, innombrables moments de partage, en quelques semaines je m’épanouis.

“Notre étudiante possède l’exaltation de l’esprit, aussi est-il grand temps de la présenter

Histoire de voir si elle réussira aussi fort bien à briller en société.

Grandit, la petite paysanne qui devait se battre pour qu’on ne lui vole pas son livre,

Aujourd’hui, elle en impose, et va enfin commencer à vivre”.

Je n’ai pas hésité, cette fois, à entrer dans cette foule de savants, que je mis facilement (à mon grand étonnement !) en émois.

“Peux-tu veiller sur elle, jeune Henri ? Ton père n’était pas une lumière, mais toi, tu es digne de moi.”

Dire que je ne vis plus jamais ce grand homme, qui rentra chez lui s’éteindre, non sans un sourire au coin des lèvres.

Que n’ai-je pas pu lui dire un dernier merci, de m’avoir permis d’extérioriser ma fièvre.

Je ne peux que vous raconter les années qui ont suivies, douces, exquises.

“Suis ton chemin, et montre-leur de quoi il en retourne, jeune Eloïse.”

Immensément riche de son savoir, inculqué en quelques mois à peine,

Fière de lui rendre hommage, et de répandre ses paroles, à ce précieux mécène.


Fière aujourd’hui de toujours poursuivre ton œuvre, même si le temps décore ma peau d’ondulations,

D’être en amour avec ton Henri, avec qui nous cultivons la même passion.

Ta descendance porte le même amour que toi à la poésie,

Famille de rêveurs, faiseurs de bonheur, et comme toi, amoureux des choses simples de la vie.

 

 

 

Acrostiche écrite pour mon tendre chéri en l’honneur de l’exercice d’écriture n°14 de Chloë, rédactrice du blog CP Writing. J’ai beaucoup hésité à publié ce poème, car il est vraiment loin d’être parfait, les phrases sont parfois un peu étranges pour faire sens à l’acrostiche mais également au temps reculé où se déroule mon histoire, mais finalement, je me suis bien amusée à donner vie à Eloïse, alors pourquoi ne quand même pas la partager avec vous ?

 

 

Crédit image : banque WordPress

2 commentaires sur “Amour du savoir

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  1. Merci Pauline, tu as relevé le défi avec brio!
    J’espère que tu l’as fait lire à ton mari, c’est de loin une des plus belles déclarations que tu puisses lui faire!
    Je ne trouve pas tes phrases trop alambiquées, au contraire, cela donne envie de comprendre pourquoi elles sont ainsi et de chercher où est le sens caché!

    À très vite,

    Chloë

    Aimé par 1 personne

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