100 Vies | Ludovic Spinosa

Tout se bouscule dans ma tête, et je bugge devant ma page depuis que j’ai terminé ce livre, même si j’ai pris quelques instants pour me poser dans l’instant après l’avoir refermé.

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis dans le train, et je ne peux m’empêcher de regarder les gens autour de moi. De me demander quelle est leur vie, ce qui les a amenés à prendre ce train aujourd’hui, et à se retrouver dans le même wagon que moi. Et la plus glauque de toutes les questions, comment vont-ils mourir ? Comment vais-je mourir ?

Bon vous avez déjà pu prendre la température de cet article qui ne sera pas des plus joyeux. Mais il est tout de même primordial, parfois, d’arrêter de faire ce que notre vie trépidante nous entraîne à faire, et réfléchir. Faire le point. Pour ne pas voir sa vie passer devant soi comme un film, et se réveiller à la fin en se disant qu’on n’a pas vraiment vécu.

Et… je m’égare déjà en vous assommant de futilités philosophiques sur lesquelles de toutes façons, nous n’avons aucune emprise, et je me rends même compte que je ne vous ai pas fait le synopsis du livre !

100 vies, c’est tout simplement l’approche de la mort de 100 vies, à des âges différents, abordant des thèmes comme les accidents, les maladies, les agressions, ou encore les attentats, qui défilent au fil des chapitres, comme les faits divers d’un journal. Ce sont 100 petites histoires de la vie quotidienne, avec leurs émotions, leurs angoisses, et leurs peurs. Dans ce livre, je voudrais faire comprendre aux lecteurs que les médias nous habituent à voir de plus en plus d’horreur, que c’est tellement devenu banal que cela ne nous affecte même plus. La société d’aujourd’hui vit dans la violence verbale et physique, mais personne ne réagit. Alors que tellement de drames pourraient être évités. Il est temps aussi de prendre conscience des choses essentielles de la vie. Chaque histoire concerne un plan différent, que ce soit environnemental, sentimental, économique, politique, sociétal, en laissant le lecteur avoir son propre avis face à la vie qui l’entoure. Le défi étant de résumer la vie et la mort d’une personne en seulement deux pages, ne dévoilant aucune identité, ni date ou conversation, lieu géographique, en restant le plus anonyme possible. Je pense que le côté impersonnel de ce livre touchera d’autant plus les âmes sensibles, en relatant des conditions que tout le monde connaît avec un mélange de faits réels et de fictions, car cela se passe dans notre quotidien, dans des endroits que l’on croit connaître par cœur, et qui fourmillent de dangers chaque jour. Le risque est omniprésent, se dressant devant nous à chaque instant comme pour nous prévenir que peut-être, aujourd’hui, ce sera notre tour. La mort est la fin d’une vie au moment où une autre commence.

Sacrée quatrième de couverture… qui m’a immédiatement donné envie de le lire. Alors je savais parfaitement à quoi m’attendre. Mais je ne pensais pas que le livre de Ludovic Spinosa aurait un tel impact sur moi. Effroyable, car je ne me sens pas très bien à l’idée boomerang qu’effectivement un jour je passerai par là. Pire encore, que mes proches passeront par là… Je pense que j’ai encore besoin de prendre du recul vis-à-vis de la vie, de la mort aussi, qui sont toutes deux inhérentes l’une à l’autre.

Plongeons-nous maintenant au cœur même du livre, que j’ai lu en trois jours. Autant dire que c’était une lecture assez difficile. Pas dans la compréhension, non, c’est plutôt l’état d’esprit dans lequel ma lecture m’a plongée qui a été sombre. La grande faucheuse est notre partenaire au cours des 462 pages de ce livre. De 1 à 100 ans, cent vies, cent personnes font l’objet d’un chapitre. Bébé, enfant, adolescent, adulte, vieillard, quel que soit son âge, sa catégorie socio-professionnelle, son origine, l’auteur nous montre que la mort est inéluctable, pour chacun d’entre eux. Chacun d’entre nous, devrais-je dire.

Ludovic a une écriture simple et accessible qui sait se faire proche du lecteur avec des connotations de franc-parler, malgré quelques coquilles relevées dans le texte. Je n’ai pas eu le plaisir de lire son premier livre, mais je sais que celui-ci fait état de notre tendance à la surconsommation, dans un contexte de science-fiction. Ici, on rencontre énormément de situations dont on ne sait pas vraiment si elles sont simplement édictées par l’auteur, où s’il y porte un jugement. Ou alors si c’est notre jugement à nous, au lecteur, qui prend le pas. Je pense que cette confusion a été souhaité par l’auteur. D’ailleurs, je trouve que certains chapitres se révèlent être une véritable prévention. Par exemple, la Vie 2 met en situation une petite fille qui s’étouffe avec un bonbon. Il est clair qu’il ne faut pas donner de bonbons gélatineux à des enfants en bas âges, car le risque de fausse route est trop grand, et le bonbon épousant parfaitement les parois de la trachée, il est quasi-impossible de l’en ôter à temps. Ne pas laisser les enfants jouer avec le feu, faire sans cesse attention au comportement des animaux vis-à-vis des enfants… Quand on grandit, c’est différent. Pour la Vie 18 on se rend compte que le jugement d’une personne est complètement faussé par certains facteurs, tels que la fatigue ou l’alcool. A 18 ans, malheureusement, on ne se rend pas toujours compte que ça n’arrive pas qu’aux autres, et qu’un plantage en voiture sur une route sinueuse ne laisse que très peu de chances de s’en sortir, indemne ou pas…

J’ai aimé relever quelques allusions à des influences de l’auteur (en tous cas, je l’espère, sinon c’est que je vois des signes là où il n’y a rien !) comme la chanson Jeunes et con de Damien Saez : Pendant que les vieux sont fous et ne comprennent rien, les jeunes cons eux, rêvent d’une vie meilleure, ils se projettent en se voyant accomplir leurs rêves, ils sont plein d’enthousiasme quant à leur avenir, qui pour eux, sera une réussite certaine. Vie 16.

Beaucoup de sujets m’ont touchée personnellement. Parmi eux, la déchéance rapide d’une personne qui perd tout et qui finit par crever comme une malpropre sur un trottoir ; la violence contre les personnes âgées en maisons de retraite ; le risque quotidien trop souvent minimisé des sapeurs-pompiers ; les amalgames purs et durs, que ce soit lors d’attentats terroristes ou plus simplement lorsque l’auteur aborde la religion catholique, en faisant la part des choses entre les 95% de prêtres pieux, sans histoire et entièrement dévoués à leur foi, et les 5% qui détruisent des vies autour d’eux en assouvissant leurs pulsions pédophiles complètement abjectes. Ce livre est dur, et bien que les détails concernant les éléments factuels (noms, lieux…) soient gommés, on prend quand même en pleine poire l’ignominie de certaines situations, la terreur et l’horreur de certaines histoires, l’implacabilité du destin, la résolution des protagonistes, voire parfois leur acceptation de la situation, surtout à la fin du livre. Après une vie entière passée sur Terre, les gens ont généralement plus de recul sur leur situation de mortel, et acceptent la mort avec bien plus de facilité que la fougueuse jeunesse.

Les petites phrases de la fin de chapitre montrent que la mort n’affecte pas que la personne décédée en tant que telle. C’est même finalement la personne la moins affectée, puisqu’elle ne se rend plus compte de rien. Mais le vide laissé pour les personnes à qui elle manque… Je pense que c’est ça, le pire, dans la mort. Mais comme l’auteur le souligne si bien, on ne sera un souvenir que pourquoi… cinquante ans ? Soixante-dix au maximum ? Le temps que toutes les personnes qui nous ont connues nous rejoignent, et les photographies seront les seules témoins de notre passage sur Terre, le temps qu’elles aussi s’effacent peu à peu. Joyeux, tout ça, n’est-ce pas ??

En gros, c’est quoi, l’issue après ce livre ? D’intenses moments de méditation sur nous et notre environnement nous attendent… mais aussi sur nos actions et nos passivités, les dangers qui nous entourent et les risques parfois inconsidérés que nous prenons chaque jour sans y penser. Je pense qu’à travers cette chronique, vous aurez pu vous rendre compte que ce livre est loin de m’avoir laissée indifférente. Qu’on aime ou pas, c’est impossible de rester de marbre face à ce genre d’ouvrage, d’autant qu’ils sont peu nombreux à parler de la mort avec tant de recul et d’implication à la fois… ce qui explique la note élevée que j’attribue aujourd’hui à 100 vies, de Ludovic Spinosa (qui a en plus bien voulu m’envoyer un exemplaire dédicacé de son roman !!!! Hihi !!!).

 

Ma note : 17/20

 

Le mot de la fin :

On peut mourir n’importe quand, n’importe comment et n’importe où, personne n’est à l’abri, tout le monde est concerné. Que nous soyons blancs, noirs, jaunes ou métissés ; hétéro, homo, ou ermite ; homme ou femme, le cycle de la vie veut que nous naissions pour ensuite mourir. Vie 98

La vie est quelque chose de merveilleux, de magique. Personne ne prend réellement conscience de la chance qu’il a d’être vivant. Personne ne prend réellement le temps de prendre son temps, de vivre sa vie, d’apprécier à sa juste valeur chaque minute, avec toute sa beauté, toute sa splendeur. Vie 99

3 commentaires sur “100 Vies | Ludovic Spinosa

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  1. Merci beaucoup, pour cette chronique qui fait passer mon message à la perfection (les allusions sont bien réelles). J’espère très vite collaborer à nouveau avec vous, à très bientôt. Amicalement, Ludovic Spinosa.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est une collaboration que j’ai adoré concrétiser, et si tes autres livres sont aussi incisifs, j’attends nos prochains échanges avec grande impatience ! Je suis contente que la chronique te plaise, merci à toi pour l’opportunité et surtout pour m’avoir permis de découvrir ton œuvre ! A bientôt Ludovic !

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