Aussi libres qu’un rêve | Manon Fargetton

Ne laissez plus votre date de naissance déterminer votre destin…

En cette fin de XXIème siècle, la loi des Dates de naissance régit l’accès aux métiers. Né en janvier, vous avez accès au métier de vos rêves : acteur, chanteur, tout est possible. Né en décembre, préparez-vous à racler le fond de l’océan et à plonger les mains dans des algues gluantes !

Silnëi et Minöa sont sœurs jumelles, nées à quelques minutes d’intervalle la nuit du 31 décembre. La première, à 23h58, et la seconde à 0h17. La tyrannie des Dates de naissance leur promet des destins radicalement différents, mais cela ne les empêchera pas d’unir leurs forces pour combattre l’injustice et l’ordre établi, aidées par Kléano, le chanteur rebelle d’un groupe de rock…

 

Cela faisait un petit moment que je me promettais de découvrir la plume de Manon Fargetton… et je pense que j’aurais dû m’attaquer à ses romans fantastiques en premier, au lieu de tenir à découvrir son premier roman de science-fiction. Mais ne nous hâtons pas trop !!!

J’ai adoré l’idée de la régence des dates de naissance dans une dystopie de science-fiction, temporellement assez proche pour s’y projeter. Et tout y est pensé : l’Europe n’existe plus, une régulation des naissances est réalisée par injections hormonales obligatoires, un gouvernement dictatorial à souhait a été mis en place après des épisodes noirs de notre histoire, avec une sorte de président “fais ce que je dis, mais ne fais pas ce que je fais”… Ajoutons à cela une ségrégation scolaire (chaque enfant est envoyé dans l’école de son mois de naissance) et professionnelle (tu exerceras le métier auquel tes parents t’ont destiné à ta naissance, point barre). Le tableau est en place pour la naissance d’une rébellion, qui prendra racine dans une rencontre alors que Minöa s’est perdue dans les abords malfamés de sa ville. Entre les jumelles, Kléano (un novembre) et Nériss (un janvier), l’autrice nous immerge dans toutes les strates de sa société futuriste, dans des familles aux habitudes et aux mœurs dissemblables.

Le contexte géopolitique est bien défini, et j’ai beaucoup aimé que l’histoire se passe dans l’ex-région Bretagne (BZH RPZ). J’ai beaucoup aimé la mise en lumière de la régression à cause du progrès. Finalement, assistés comme ils le sont, les habitants ne tendent plus à l’amélioration, mais uniquement à la conservation de leur confort, fermant ainsi les yeux sur la misère extérieure et sur l’inégalité qu’engendre cette loi des naissances, parce que finalement, ça arrange bien tout le monde. Étrangement, avec quelques modifications, on pourrait appliquer cette phrase à notre contexte actuel, mais ceci est un autre débat. Le tout a bien été dosé, car je trouve qu’il reste accessible à plus jeunes tout en étant assez consistant pour une adulte néophyte de la politique comme moi. La rébellion semblait inévitable, et je l’ai accueillie avec joie à la fin du livre.

Cela dit, malgré ces bonnes idées, j’ai trouvé le tout… comment dire… candide, enfantin ? Si les idées sont très bonnes, je n’ai pas adhéré à l’histoire sentimentale, que dis-je, au triangle amoureux que l’autrice a tenté de créer. J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, même si j’avais envie de poursuivre ma lecture afin de découvrir la fin de l’histoire, que j’avais entendu dire très émouvante. Déception car, si le mot de la fin est triste, le fait d’être restée émotionnellement en marge des protagonistes m’a empêchée de ressentir un vrai déchirement. En effet, je les ai trouvés trop pubères. Alors peut-être est-ce le fait que je sois maintenant adulte qui fasse que j’apprécie moins ce genre d’histoire, mais il y a maintes autres histoires d’ados que j’adore. Peut-être aurais-je davantage apprécié si je l’avais lu il y a 10 ans (ouille, le petit coup de vieux !). De plus, j’ai trouvé le président de région très peu crédible : c’est simple, j’ai eu l’impression de voir un enfant pourri gâté, faire un caprice d’un bout à l’autre du livre. “Mais… mais je ne te permets pas… Tu n’as pas le droit de me parler comme ça ! s’exclama Chan, estomaqué. Ni toi, ni personne !”.

Enfin, le roman est sorti en 2006 (ce que j’ai su après coup). Ce qui explique quelques détails qui m’ont dérangés… comme le langage SMS hyper condensé, que l’on trouve parfois dans le livre, me semble justifié maintenant que je sais quand le livre a été écrit. Oui, car en 2018, j’ose espérer que plus personne n’écrit kom sa, h1 ! Mais à l’époque (coup de vieux n°2), j’en étais moi-même amatrice (les textos coûtaient 10 cents l’unité héhé… de quoi être inventifs quand à la réduction maximale du nombre de caractères dans un message !!). Du coup ça m’a un peu interpellée durant ma lecture : honnêtement, ça fait un peu has-been, pour rester dans un contexte socialement dépassé. Mais je pense que ça a dû faire sensation à la sortie du livre !

Par contre, et je terminerai par cette note positive, bien que je n’ai pas ressenti de tristesse en lisant la fin, je ne m’y attendais pas, et je salue l’audace de faire mourir l’un des personnages principaux, pourtant à deux doigts d’être sauvé. Il y a là-dedans une sorte de métaphore qui hisse l’histoire à un rang supérieur, et qui rattrape un peu la naïveté qui a accompagné le lecteur pendant 200 pages. La naissance d’un martyr est toujours la manière la plus symbolique et victorieuse de remporter une bataille… ou en l’occurrence, un rébellion.

En conclusion, je pense que l’univers a un énorme potentiel : bien construit, bien pensé, avec juste ce qu’il faut de fiction mais tout en restant plausible et réaliste à moyen ou long terme.., mais qu’il n’a pas été exploité à fond. On reste en surface, et les personnages principaux n’ont pas aidés à se mettre dedans. Entre idylles bien vite installées, petits surnoms mielleux, et réactions le plus souvent fades et peu appropriées, je suis un peu déçue de ma lecture. Néanmoins je loue vraiment l’imagination de Manon Fargetton, et ce petit écart ne m’empêchera pas d’attaquer sa saga de Sav-Loar avec entrain !

 

Ma note : 11/20

 

Et toi, as-tu lu Aussi libres qu’un rêve de Manon Fargetton ? Qu’en as-tu pensé ?

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