La peur de vivre

Je me souviens d’un étau qui tenait mon cœur enserré.

Je me souviens de l’angoisse de mourir.

Je me souviens des sanglots qui m’étouffaient.

Je me souviens la lutte pour ne pas m’endormir.

 

La vie, aveugle, trace son chemin,

Vieux rapace insensible à mon besoin de m’arrêter.

Vorace, elle taillade et se fraie mon destin,

Sans une minute, m’en laisser profiter.

 

Ballotée, agitée, énervée,

En tous sens je me disperse.

Mes pensées fusent à travers l’éternité

Pour s’envoler juste avant l’averse.

 

Aucun cédule, aucun vélin

Pour coucher ma vie et mes envies

Que m’inspirent ces rêves mutins

Encore à demi-endormie.

 

Et je somnole dans ce lilial

Dont le parfum entêtant

Endort mes sens, senteur létale

Douce-amère sans une once de vent.

 

Je me souviens de l’eau qui dort.

Je me souviens du torrent dévastateur.

Je me souviens la violence des torts.

Je me souviens qu’enfin, les pleurs.

 

Mon enfance était vermeille

Mais qu’ai-je fait de ces instants

Qui chauvissent de l’oreille

Et détalent au moindre frémissement ?

 

J’ai perdu du temps.

Je n’ai pas su me hisser

Au delà de cet inextricable piège à serments.

Au delà de ma peur irrationnelle d’oser

 

J’envie les âmes pleines de courage

Qui épannèlent sans frayeurs leur inspiration

Dans le bloc de leur héritage,

Ou sont-elles juste inconscientes de leur condition ?

 

Mille questions taraudent mon esprit.

Ai-je bien fait, ai-je échoué

A me rendre honnête, ironie

Quand le mensonge parvient encore à me toucher

 

Je me souviens des rires et des éclats.

Je me souviens d’imaginaires coups de férule.

Je me souviens des araignées sous les draps.

Je me souviens avoir construit ma propre cellule.

 

Je sens mon passé, cet ectoplasme, ce fantôme,

Une page écrite à la va-vite, que personne ne peut lire.

Cent coups qui m’ont laissée de vilains hématomes

Qu’enfin le temps commence à pâlir.

 

Tremblante, hésitante, effrayée.

Mais au fond je sais que dans cette valse lagrimoso,

Un seul pas peut me mener

De grimaud à dompteuse de mots.

 

Une ombre s’affranchit,

Se bat, bec et ongles tout en dehors,

Contre les limites de son esprit,

Ôtant avec rage ses œillères et son mord.

 

Je jette à bas toutes ces inutilités

Malgré l’atemporalité de cette lutte quasi sereine.

Et je peux enfin m’abreuver

De la pureté jaillissante d’Hippocrène.

 

Aujourd’hui je respire, j’espère et j’essaye d’essayer.

Aujourd’hui je savoure chaque virgule, et je souffle sur le givre.

Aujourd’hui je bloque parfois encore un peu, c’est vrai,

Mais aujourd’hui, je m’affranchis de ma peur de vivre.

 

 

 

Crédit photo : Pauline Kervadec – Droits d’auteur : Pauline Kervadec

2 commentaires sur “La peur de vivre

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