Les précieuses ridicules | Molière

Je me frotte à un peu de théâtre en ce moment, mais je n’ai pas vraiment pris mon pied avec ce grand classique de Molière (son premier succès, si je ne m’abuse).

En résumé, la fille et la nièce d’un bon bourgeois, nommé M. Gorgibus, sont deux [jeunes provinciales] qui […] rêvent […] de se voir entourées de beaux esprits, gens à la mode qui ne parlent que dans un style prétentieux ; elles ont changé leurs noms de Madelon et de Cathos pour les noms plus sonores d’Aminte et de Polixène et elles se posent en précieuses. Gorgibus, qui, avant tout, est un homme de gros bon sens, veut marier ces jeunes filles avec deux jeunes gens de bonne maison, nommés La Orange et du Croisy. Ces jeunes gens s’expriment avec simplicité et naturel, ce qui ne les recommande pas auprès de Cathos et de Madelon qui les éconduisent avec mépris. Les deux gentilshommes jurent de se venger et envoient chez elles, à cet effet, deux valets impudents, qui se donnent pour des hommes de qualité.

Nos deux [jeunes filles] prennent les extravagances du marquis de Mascarille et du vicomte de Jodelet, puisque tels sont les noms qu’ils se sont donnés, pour la perfection de l’esprit et de la galanterie. Tout à coup, les maîtres arrivent, le bâton à la main, chercher leurs domestiques ; ils ne manquent pas de railler les coquettes sur le choix de leurs admirateurs et les laissent confondues et accablées de honte. Gorgibus les engage un peu rudement à profiter de la leçon et elles disparaissent devant cette apostrophe foudroyante : « Allez-vous cacher, vilaines, allez-vous cacher. » Source : L’internaute

C’est une pièce bien courte, que j’ai lue en 40 minutes… un record ! Les précieuses ridicules ne sont en effet pas destinées à être jouées seules. En l’occurrence, Molière a écrit cette pièce pour compléter l’œuvre Cinna de Corneille. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est une tragédie ancienne, donc relativement intense, tant en termes de sentiments que de jeu. Il fallait donc l’accompagner de quelque choses bien plus léger et amusant ! Ainsi sont nées Les précieuses ridicules, jouées pour la première fois le 18 novembre 1659.

Dans le contexte, on comprend donc mieux le seul acte en prose, destiné à n’être joué qu’une fois à l’origine. Ah, c’est un peu court, jeune homme ! La pièce est en effet bien trop courte à mon goût, qui me laisse une impression de va-vite. Je pense que c’est une pièce qui ne se savoure que par l’intonation et le jeu d’acteur… “comme toutes les pièces de théâtre, non ?” me direz-vous. Et bien non ! La majeure partie des pièces que j’adore sont, certes, vivantes jouées, mais portent à merveille leurs lettres dans un livre. Cyrano de Bergerac, Andromaque, Dom Juan, tant d’œuvres théâtrales aussi délicieuses sur scène que sur pages.

Je ne vais pas démolir un monument français du théâtre, ça non, je ne me le permettrait pas ! Molière savait comme personne critiquer les vices humains. Ici, il s’en prend à ceux qui flattent au lieu de profiter, au lieu d’aimer. Ceux qui cherchent par tous les moyens à accéder à quelque chose soit qu’ils ne peuvent atteindre, soit qu’ils ne toucheraient que par ferveur et dévotion. Molière ne ridiculise pas (que) des êtres, mais les comportements de ceux-ci vis-à-vis de leurs pairs. Pour audacieuses qu’elle furent à l’époque, Les précieuses ridicules enflammeront les foules, mais pour ma part, j’ai eu bien du mal à accrocher, même si j’adhère aux thèmes abordés. Molière ancre sa pièce dans la réalité, et non dans l’imaginaire comme il saura si bien le faire plus tard. C’est peut-être cela qui m’a perturbée.

Madelon et Cathos sont nos précieuses ridicules. Précieuses n’a pas le sens qu’on lui donne aujourd’hui. De nos jours, quelqu’un de précieux est quelqu’un qui ne veut pas se salir les mains, qui fait des manières, qui est faussement affecté par son environnement. Ma mère dirait “prout-prout”, ce qui est assez juste ! Mais à l’époque, une personne précieuse était quelqu’un qui outrepassait les bornes du bon ton dans le milieu des salons et de la beauté. Ici, nous avons à faire à deux jeunes filles provinciales qui ne sont pas au faits des bonnes mœurs et du bon ton de vivre à la capitale, ce qu’on leur pardonnera plutôt volontiers. Elles sont dans l’excès, jusqu’au ridicule, comme l’indique si bien le titre de la pièce.

De par leur intervention, Molière aborde la place des femmes dans la société, et des questions attenantes : éducation, accès à la culture, mariage, servitude, affirmation de leur droit au luxe, droits et règles de vie en société. On imagine que, rien qu’à l’évocation des sujets précédents, les femmes étaient bien loin d’avoir les mêmes privilèges que les hommes.

L’intervention des deux valets, elle, permet à Molière de mettre en avant des valeurs totalement opposées à celles de leurs maîtres, et de critiquer la société bourgeoise, notamment ses travers de coquetterie. Ils réussissent là où leurs employeurs ont échoué, ce qui contribuera à titiller leur fierté masculine… Une contrariété vite oubliée par leur jouissance à railler les demoiselles qui se sont laissées prendre au piège de belles paroles. Comme quoi, l’habit ne fait pas le moine.

C’est une pièce très intéressante qui aurait tant méritée à développer la psychologie de ses personnages !!! Finalement, j’ai davantage apprécié l’introduction de Claude Bourqui, qui fait réellement sens et écho à la pièce, plutôt que la pièce elle-même.

Note : 10 / 20

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :