La mécanique du cœur | Mathias Malzieu

A Édimbourg, le jour le plus froid du monde, le petit Jack naît avec le cœur gelé. En urgence, le Docteur Madeleine répare l’organe défectueux avec une horloge à coucou. Aussi, toute sa vie, Jack devra s’interdire tout sentiment violent, car cela risquerait de détraquer le délicat trucage qui le maintient en vie. Autant dire que l’amour lui est absolument interdit.

Mais le jour de ses dix ans, le garçon fait la rencontre d’une petite chanteuse andalouse, Miss Acacia. Avec cette « flamme à lunettes », c’est la passion qui incendie le cœur en bois de Jack… Pour retrouver la petite chanteuse, Jack devra se lancer dans une véritable quête initiatique, d’Édimbourg à l’Andalousie. Pourra-t-il devenir un homme, un vrai, « sans trucages » et découvrir le cœur qui bat sous son horloge ?

Aujourd’hui, je vous parle de La mécanique du cœur, de Mathias Malzieu, écrivain et chanteur du groupe de rock Dionysos. En musique comme en littérature, il nous transporte dans son univers si particulier, à la fois onirique et abrupt. Je n’ai pas écouté l’album éponyme en même temps que je lisais, mais il paraît que cela étoffe encore plus les sensations ressenties à la lecture.

Le conte philosophique de l’auteur ne fait que 155 pages. C’est très court. Mais c’est amplement suffisant pour nous emmener visiter une partie de l’Europe à la recherche du grand amour, aux côtés de Jack.

A sa naissance, Jack a été recueilli par Madeleine, une vieille femme que l’on dit sorcière et qui répare les gens. Pas avec de la médecine conventionnelle, non. Mais avec son savoir en horlogerie et sa maîtrise des gens, elle répare à qui une colonne vertébrale tordue, à qui un œil crevé… Jack, lui, c’est son cœur qui va mal. Alors à sa naissance, elle place une dérivation avec une horloge à coucou, qui remplace le cœur du bébé. Malheureusement, l’entretien et les tic-tacs permanents du bambin empêchent les gentils couples en mal d’enfants de l’adopter. Aussi reste-t-il avec la vieille Madeleine, qui n’a pas eu d’enfants et qui le considère comme son propre fils. Mais le fiston va vouloir découvrir le monde… Un jour, elle décide de l’emmener au marché. Là, ils tombent sur une petite chanteuse à la voix de rossignol. Par son timbre exceptionnel, son corps de déesse et sa mignonne maladresse due à sa myopie, Miss Acacia enjôle et ensorcèle le cœur de Jack, qui semble exploser dans sa poitrine. C’est qu’il est dangereux pour lui de solliciter son cœur… Mais comment oublier la jeune fille ? Elle hante ses rêves et ses pensées. Pour elle, il force Madeleine à l’inscrire à l’école, mais elle n’y est plus, semblant s’être envolée vers son pays natal, l’Espagne… Un périple l’attend, qui le conduira d’abord à Paris où il rencontrera le célèbre Méliès, puis en Andalousie. Retrouvera-t-il sa belle ?

 

La réponse est évidemment oui. Après tout, ne vaut-il pas mieux vivre intensément son rêve plutôt que de « jouer la sécurité » ? Outre la passion de l’amour naissant, il va toutefois vite être confronté aux affres du manque, de l’envie d’avoir plus, et de la jalousie. Malheureusement, il ne prendra pas le recul nécessaire pour laisser respirer sa douce Miss Acacia, et tuera en quelques sorte lui-même leur amour dans l’œuf. Dure réalité, que Jack n’aura pas réussi à concilier avec ses rêves.

 

A partir de là, on voit que l’enfance comme l’âge adulte peuvent être vraiment cruels, même si les déboires que l’on y vit ne sont pas les mêmes. Dans l’un comme dans l’autre, Jack a pris le risque de tomber amoureux, il a pris le risque de vivre intensément, et la véritable force de ce conte, c’est de révéler qu’en fin de compte, on peut se relever, même des plus grands tourments du cœur.

Les personnages sont tous attachants, même ceux qui, au premier abord, semblent abominables (je pense notamment à Joe, que j’ai pris en pitié à la fin). J’ai adoré les deux prostituées, Anna et Luna, que j’ai trouvé attendrissantes, ainsi que Méliès, un incroyable et éternel rêveur avec des étoiles plein les yeux. Finalement, les personnages que j’ai le moins apprécié sont étonnamment Jack, que j’ai trouvé légèrement trop centré sur lui-même et incapable de voir plus loin que le bout de ses aiguilles, et Miss Acacia elle-même, petite diva tantôt touchante, tantôt trop séductrice, trop dangereuse.

Cette histoire, c’est une ode à l’amour, au don de soi, mais aussi un lever de voile sur la non acceptation du handicap et de la différence. A la fois glauque et féérique, incisif et poétique, ce conte est un concentré de magnifiques tournures, citations, méta et anaphores, situations exacerbées et pourtant quotidiennes. La candeur et la naïveté de little Jack sont touchantes, et cela vient accroître la sensation qu’en devenant adulte, toute une part de magie meure. Je pense que Madeleine incarne cette enfance : lorsque Jack décide de vivre sa vie et de se passer de sa protection maternelle, que reste-t-il de cette vieille dame qui lui a donné tout son amour ? J’ai adoré la façon de l’auteur de conjuguer la poésie de l’enfance et la crudité du monde adulte. Avec mes yeux de grande personne, jamais je n’aurais osé ni même pensé à appeler mon hamster Cunnilingus. Mais l’enfant, lui, n’entend que les sonorités du mot, ce qui en fait la substance et la poésie… Vous voyez ce que je veux dire ?

Le livre est rempli de clins d’œil artistiques et historiques, et j’ai adoré les mélanges réalisés par l’auteur. Ce n’est pas parce qu’il s’est donné un cadre temporel qu’il s’est cantonné à le rendre réaliste, non. Il s’est affranchit de cette barrière, et en rendant le tout assez ludique. Une belle démonstration de tendresse et de culture.

Parfois des expressions d’aujourd’hui viennent parasiter le récit, surtout des gros mots. Sans jouer la prude (j’en dis bien suffisamment à la minute), j’ai trouvé que ça m’a un poil freiné dans ma lecture. Ou en tous cas, ça m’a un peu surprise. Mais à part cela, j’ai retrouvé l’esprit de l’animation, ou l’animation a bien respecté l’esprit du livre, je ne sais point qui de l’œuf ou la poule est venu le premier.

Merci à ma sœur d’amouuuuur Victoria pour m’avoir offert ce voyage initiatique au travers des dédales de l’enfance jusqu’à l’âge adulte.

Ma note : 15/20

2 commentaires sur “La mécanique du cœur | Mathias Malzieu

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  1. Très jolie review, tu me donnes envie de le lire a nouveau ! Je ne peux que te conseiller d’écouter l’album si tu as apprécié le style du récit, ils se rejoignent par le côté poétique et incisif des paroles.
    Et bravo pour cette belle photo qui vient sublimer ton article !

    Aimé par 1 personne

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