Mes sœurs et moi | Judith Lennox

A la veille de la Première guerre mondiale, à Sheffield, les quatre sœurs MacLise songent à leur avenir.

La belle et orgueilleuse Iris attend une demande en mariage qui tarde à venir ; la passionnée et timide Marianne s’éprend d’un jeune homme d’affaires ; la vive Eva souhaite partir à Londres pour devenir artiste, tandis que Clémence, la benjamine, doit rester à la maison pour prendre soin de leur mère.

La guerre et ses tragédies vont séparer les quatre sœurs. Confrontées à des choix difficiles, elles doivent faire face à de nouvelles responsabilités, qui leur offrent petit à petit une indépendance dont elles n’imaginaient pas la saveur. Mais leurs destins ne ressemblent en rien à ce qu’elles avaient imaginé.

Se découvrant des ressources insoupçonnées, chacune lutte avec courage. Mais le silence de Marianne, qui a suivi son époux en Inde, devient inquiétant. Jusqu’à ce qu’une lettre leur parvienne, qui contient une pierre précieuse pour chaque sœur…Seront-elles un jour à nouveau rassemblées ?

 

Bienvenue dans une famille bourgeoise anglaise du début du XXème siècle. Sheffield, petite ville à 300 km au Nord de Londres, accueille la famille MacLise. Joshua, le père, dirige la société familiale de métallurgie. Sa femme, la fragile Lilian, garde le lit depuis la naissance du petit dernier, 11 ans plus tôt. Elle souffre de maux que les médecins ne peuvent guérir : une sorte de dépression complaisante qui lui ôtait tous devoirs conjugaux et domestiques, bien pratique puisqu’ainsi, ce sont ses enfants qui s’occupent d’elle plutôt que l’inverse. Oui car la famille MacLise est nombreuse et ne compte pas moins de sept enfants : James, Iris, Marianne, Eva, Clémence, Aidan et Philip.

Globalement, on suit les frères et les sœurs de 1910 à 1917. On pourrait regretter qu’il n’y ait pas vraiment de but à l’histoire, mais n’est-ce pas justement ce qui fait le charme de ce genre d’histoire familiale ? On suit les décisions et la vie des protagonistes.

Avec beaucoup de pudeur mais sans vraiment d’œillères, Judith Lennox nous narre les espoirs, les échecs, les pertes de ces jeunes adultes. Chacun a son propre caractère, plutôt bien développé j’ai trouvé. La peur de devenir vieille fille, à devoir s’occuper de leur mère sans espoir d’évasion pousse les trois plus âgées des filles à partir chacune dans une direction.

Clémence, la plus jeune et qui n’est pas encore en âge de se marier se voit donc contrainte de quitter l’école pour veiller sur Lilian et sur la maison. C’est la fille MacLise la moins intéressante en termes de destin, mais le lecteur se rend bien compte au fil du livre qu’elle est le ciment qui permet à la famille de rester debout. Elle apaise les esprits, tente de ressouder les membres après les disputes, et de calmer les esprits parfois trop vifs de son père et de James. Amoureuse de l’insupportable Ivor, un musicien que j’ai trouvé pleurnichard au possible, elle finira par se lier d’amitié à une jeune veuve. Amitié qui, si le livre avait continué, se serait probablement transformée en histoire d’amour passionnée.

Iris, elle, est complètement insupportable au début. Consciente de son pouvoir de séduction, elle en joue auprès des garçons de leur cercle conventionnel d’amis, tout en repoussant une à une les demandes en mariage. En effet, elle attend LE prince charmant qui l’emmènera dans son château. Grosse désillusion pour elle lorsque Ash, le seul jeune homme à n’avoir jamais attiré son attention, pour insupportable qu’il fut, la repousse assez rudement. De plus, sa sœur Marianne se marie avant elle… Perdant toute confiance en elle, Iris se décide à entamer des études d’infirmière, ce qui lui fit prendre conscience que le monde était loin d’être rose, et qu’elle ne savait comment elle avait pu passer des années à être oisive, ne se préoccupant que de robes, de chapeaux et de pique-niques. J’ai beaucoup aimé l’évolution de ce personnage. Elle est pour moi celle qui change le plus, et qui s’investit vraiment dans la douleur d’autrui. Exit les belles toilettes, bonjour les mains rouges et les traits sans arrêts tirés.

La douce et rêveuse Marianne trouve le mari idéal, bien que de presque 20 ans son aîné. Elle devient Madame Leighton, et auprès d’Arthur, vit le bonheur le plus total. Celui-ci ne durera qu’un an, puisqu’en moins d’une semaine, la pauvre Marianne se retrouve veuve, Arthur succombant à une septicémie après avoir par accident marché sur clou rouillé. A partir de là, elle erre, tel un fantôme. Elle ne croit plus en Dieu, elle est en colère contre tout et tout le monde, et n’a plus le goût à la vie. Un an et demi après le drame, elle tombe sur un jeune homme séduisant, Lucas Melrose, qui la convainc de l’épouser : il se sent seul dans son domaine de Ceylan, et ils se sentent en accord tous les deux. Ils se marient, se disant que l’amour viendra plus tard. Marianne tombe rapidement enceinte, mais à l’autre bout de la planète, elle se retrouve piégée dans un mariage qui s’avère un mensonge, sous la coupe de l’homme cruel et sournois que Lucas se révèle être.

Enfin, Eva part pour Londres, où elle intègre l’école des Beaux-Arts, malgré la réticence de son père. Là, elle rencontrera un artiste, Bellamy, qui deviendra rapidement un ami, puis plus que ça bien qu’il soit marié et père de cinq enfants. Durant plusieurs mois, elle ne vivra qu’à travers cet amour, avant de se rendre compte que l’inspiration de son amant fonctionne par vague : il l’a trouvée en période de creux, et en a fait sa muse. Puis la passion passant, il ne peint plus jusqu’à retrouver un élan d’inspiration en la personne d’une autre jeune dame. Désillusion pour Eva, qui cesse cette folie, d’autant qu’elle se sent coupable envers Salie, la femme de l’artiste, devenue son amie. Finalement, Eva apprendra tout ce qu’il y a savoir dans la gestion et le secrétariat, et durant la guerre, reviendra à Sheffield pour assurer l’entreprise familiale après l’engagement dans l’armée de James et qu’une attaque ait affaiblie Joshua.

Je n’ai traité que le sort des filles de la famille, mais les garçons ne sont pas en reste : James tient souvent tête à son père, ayant un rythme de vie en désaccord avec les principes de vie de celui-ci. Finalement, il n’avouera qu’en partant à la guerre qu’il s’est marié trois ans auparavant et qu’une petite fille est née de cette union. Aidan est à mon sens le plus détestable des enfants MacLise : sournois, calculateur, vicieux, il est une vraie fouine, attisant les désaccords entre James et Joshua. En effet, jaloux de James, pourtant de 10 ans son aîné, il n’attend qu’une chose : pouvoir hériter de l’entreprise et la mener comme il l’entend. Enfin, Philip, le plus jeune, est un être sensible qui se fait victimiser à l’école. Il déteste cela, et se confie à la fin de l’histoire sur ses intentions d’intégrer les ordres et de devenir prêtre à sa majorité.

Voilà en quelques mots le destin des enfants MacLise.

Parlons maintenant du livre en lui-même.

J’ai apprécié que certains personnages évoluent, comme Eva, Iris ou Marianne. L’histoire révèle en chacun une certaine force de caractère. Je me suis attachée à la plupart des personnages, peut-être un peu moins à Clémence que j’ai trouvé trop douce et naïve. Marianne, contre toute attente, est plutôt bien construite : j’ai ressenti son tiraillement lorsqu’elle s’est rendue compte qu’elle ne pourrait jamais échapper aux griffes de son époux si elle voulait rester auprès de son enfant.

J’ai par contre trouvé que le texte traînait parfois en longueur, notamment lorsque cela parlait de politique. Les descriptions ne sont pas trop longues, mais elles sont nombreuses. A la fin, je me suis vue sauter quelques passages pour savoir plus rapidement ce qui arriverait aux personnages ! Aussi, je ne suis pas très patiente comme fille… !

Le style de l’auteur est tantôt agréable, tantôt sans grand intérêt. Certaines phrases sont percutantes (elles ne peuvent, certes, pas toutes l’être), mais noyées dans une trop grande masse.

La traduction du titre original (All my sisters) n’est pas folle… « Entre sœurs » ? Le traducteur a certainement souhaité conserver la possessivité avec l’expression « Mes » sœurs comme si l’histoire n’était racontée que du point de vue de l’une d’entre elle… Alors qu’en fait, le livre tourne autant autour de chacune des quatre filles de la famille MacLise. Certes, l’introduction s’ouvre avec Marianne, mais ce n’est pas spécifiquement son histoire que le livre raconte, je pense donc qu’on aurait pu se passer aisément de cette particule qui rend le titre un peu niais je trouve.

En somme, c’est un livre que j’ai apprécié lire, qui n’est pas transcendant non plus, mais qui m’a fait passer un bon moment dans une époque que j’aime beaucoup !

Ma note : 13/20

 

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