Marie Stuart, reine d’Écosse | 2019

Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart… Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Iʳᵉ s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire.

 

Voilà un film que j’attendais avec impatience et que je me suis empressée d’aller voir le lendemain de sa sortie en salle.

Les critiques qui lui sont faites semblent plutôt mitigées, et j’étais moi-même un peu étonnée de la tournure du film. Mais en me posant pour y réfléchir, et je dois bien l’avouer, pour écrire cet article, je me dis que finalement, c’est un film plein de sens.

Cette chronique promet d’être assez riche, car j’ai de nombreux points à aborder.

Commençons par le commencement : le contexte historique.

L’histoire retrace la vie de Marie Stuart, plus connue sous le nom de Mary, queen of Scots (en français : Marie Ire d’Écosse). Elle devient reine d’Écosse en 1542, après le décès de son père, alors qu’elle n’avait que… six jours. Le contrôle du pays est confié à une régence, et Marie est envoyée en France, où elle grandit. Marie pouvait, par sa naissance, prétendre à la couronne d’Angleterre, ce qu’elle fit lorsqu’elle vivait en France. Mais c’est toutefois sa cousine Élisabeth Ire qui finit par monter sur le trône. De son côté, Marie épouse François II, et devient reine de France un an plus tard, en 1550. Veuve l’année suivante, Marie finira par retourner en Écosse. Je vous passe les détails politiques et religieux, mais pour faire simple, elle est la reine catholique d’un peuple partagé entre catholicisme et protestantisme. D’ailleurs, le régent et demi-frère illégitime de Marie, James Stuart, est l’un des piliers de cette nouvelle faction protestante, portée par le réformateur John Knox. Ce dernier dénoncera le règne et les actions de Marie durant tout son règne, gagnant peu à peu le cœur du peuple converti face à cette « reine française ». Mais contre toutes attentes, Marie ne pris pas la tête du parti catholique écossais, ce qui heurta la partie populaire toujours fidèle au Pape. En 1565, Marie épouse son cousin germain, Henri Stuart. De cette union malheureuse naquit le futur roi Jacques VI. Après trahison de son époux, Marie se tourna vers celui qui deviendra son troisième mari, Jacques Hepburn, qui commandite le meurtre de Henri mais fut acquitté. Pour avoir épousé, peut-être sous la contrainte, l’assassin de son époux, Marie est bafouée et abdique du trône d’Écosse en faveur de son fils alors âgé d’un an. Elle s’enfuit alors en Angleterre, où elle se fait prendre par des officier de la reine Elisabeth. Cette dernière ne souhaitait pas condamner sa cousine pour meurtre, mais considérant la prétention de Marie au trône d’Angleterre comme un complot, Elisabeth la garda emprisonnée. Finalement, ne pouvant plus supporter les rapports de tentatives d’assassinats déjoués, officiellement commandités par Marie mais plus probablement fruits de ses ennemis, Elisabeth fait exécuter sa cousine le 8 février 1587, après plus de dix-huit ans d’enfermement.

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Gravures de la reine Marie Ire d’Ecosse (gauche) et de la reine Elisabeth Ire d’Angleterre (droite)

Le film retrace donc l’histoire de Marie Stuart depuis son arrivée en Écosse jusqu’à son exécution, passant sous silence les années d’emprisonnement de la jeune femme. Cet affranchissement de la part de la réalisation, dirigé par Josie Rourke, ne nuit pas du tout au film, qui aurait par contre mérité qu’on explique un peu plus les raisons de son exécution. D’autres libertés historiques ont été prises, qui elles aussi, se glissent dans le décor sans faire de bruit, subtilement et avec intelligence : ainsi, un acteur noir et une actrice asiatique jouent des rôles de personnages historiquement caucasiens, ou encore la rencontre entre les deux reines, tant attendue et repoussée durant tout le film, n’a jamais existée. Cette scène est pourtant le clou ultime du spectacle mais j’en reparlerai plus tard.

Saoirse Ronan (Marie, à droite) et Margot Robbie (Elisabeth, à gauche), début du film

Les jeux d’acteurs sont plutôt bons, surtout en ce qui concerne Saoirse Ronan (Marie) et Margot Robbie (Elisabeth) : elles dévoilent très bien les points communs et les différences entre les deux reines. D’un côté, Marie est élevée en France, elle en ramène les mœurs plus légères qu’à la cour d’Écosse, où son goût pour la coquetterie et les jeux, son acceptation de soi et son entêtement sont mal reçus.

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Marie, ses suivantes et Rizzio

Elle apparaît toujours comme naturelle, vivante, lumineuse. D’ailleurs, Saoirse Ronan fait démonstration d’un très bon accent français, chose à souligner (et oui, je suis chauvine parfois !). Elisabeth, elle, est toujours davantage dans la retenue et la crainte de cette rivale. Néanmoins, un respect mutuel les lie, entretenu par une correspondance épistolaire régulière. En effet : ce sont deux femmes dans un monde d’homme, qui doivent se battre pour obtenir le respect, l’écoute et l’obéissance qui leur sont dus. Féministes convaincues avant l’heure, elles incarnent la puissance, et le film porte à réfléchir sur la condition des femmes, qui n’étaient à l’époque vues presque que comme des procréatrices.

MARY QUEEN OF SCOTS

Le pouvoir royal est assumé par Elisabeth, qui ne se mariera jamais et n’enfantera pas, et ce malgré la pression de la cour et de ses gens. Elle finira d’ailleurs elle-même par se définir comme un « homme ». Elle ne se sent pas femme, malgré les fards dont elle se couvre et les jolies et imposantes toilettes dont elle s’orne. Le seul homme dont elle tombera amoureuse, Robert Dudley, elle ne pourra pas l’épouser : de par le rang inférieur du jeune homme, son conseil s’oppose à cette union, et je pense que vit, sous-jacente, une honte de sa condition physique. En effet, atteinte de la petite vérole, son visage en gardera des stigmates qu’elle tentera toujours de cacher sous un maquillage outrancièrement chargé, et les perruques qui ont fait sa légende.

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Elisabeth Ire et Robert Dudley (Joe Alwyn)

Evolution du maquillage d’Elisabeth au cours du film

Au contraire, Marie incarne la réussite féminine, puisqu’elle donnera un héritier à la couronne d’Écosse, gagnant immédiatement un statut qu’elle n’avait pas avant. Elle s’affirme, assume son corps jusque dans sa nudité avec ses partenaires.  Elle montre également l’ascendance sexuelle qu’une femme peut avoir : à « accorder ses faveurs », elle prend du pouvoir là où les hommes ne savent pas qu’ils en cèdent. Mais cela ne sera pas suffisant à leur faire accepter une reine, car autant son appartenance religieuse que sa condition dérangent. Elle devient donc, inconsciemment, un étendard du féminisme naturel.

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Lord Darnley (interprété par Jack Lowden, à gauche) et le comte de Bothwell (interprété par Martin Compston, à droite)

Je tiens par contre à préciser que, si les deux reines sont abordées dans le film, Marie tient vraiment le rôle principal, alors que Elisabeth a un rôle bien plus secondaire, malgré son importance. De plus, elles ne tombent pas dans le cliché, l’une gentille, l’autre méchante. On saisit bien à travers les différentes scènes leur attachement et leur méfiance l’une vis-à-vis de l’autre.

Les maquillages sont beaux. Le visage grêlé de Elisabeth est vraiment bien fait, tout comme les scènes sanglantes où aucun détail n’est épargné. Et les costumes d’époque… Quelles robes, quelles couleurs, quel faste ! Deux écoles s’affrontent réellement : les apparats sages mais flamboyants de la couronne d’Angleterre, face à l’austérité des highlanders. De même, on retrouve à nouveau la frontière entre hommes et femmes. Les premiers sont vêtus de gris, de marrons et autres couleurs plus ternes les unes que les autres, tandis que les secondes sont toujours lumineuses et colorées. Malgré tout, chaque personnage trouve sa place dans des décors authentiques et magnifiques, tout comme dans les images époustouflantes des grand espaces écossais. Le tout est sublimé par une musique signée Max Richter.

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J’aimerais m’attarder sur la scène de la rencontre entre Marie et Elisabeth, qui se fait attendre durant tout le film et le conclut en apothéose : dans une chaumière reculée, elles se parlent enfin, de femme à femme. D’abord séparées par les sortes de draps légers flottants dans la chaumière, puis, et c’est le cas de le dire, à voile levé. Marie, vs Elisabeth. La jeunesse et la beauté de l’une, la maladie et la peine de l’autre. La déchue et la puissante. Mais deux femmes d’égale condition qui se parlent à cœur ouvert, et donc l’intensité du dialogue m’a presque émue.

Plusieurs points pêchent néanmoins dans ce film. J’ai trouvé qu’il manquait un peu de contexte. Énormément d’évènements politiques se déroulent, mais on est tant centrés sur Marie et Elisabeth qu’ils ne sont pas assez développés. Cela m’a personnellement amenée à une impression de survol durant le film. Cela peut également être dû à la profusion de personnages, dont les relations ne sont pas toujours évoquées ou approfondies. De plus, je n’ai guère aimé la vision de la France qui ressort de ce film : frivolité, sottise, suffisance. Certaines punchline étaient pour moi niaises, comme lorsque Marie dit à Rizzio qu’il n’a fait que succomber à sa nature, que ce n’est pas de sa faute (ndlr : il est gay et a eu des relations sexuelles avec l’époux n°2 de sa reine, Lors Darnley. Il finira exécuté, que dis-je, assassiné…).

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David Rizzio, proche de la reine (interprété par Ismael Cruz Cordova)

En bref : ce n’est pas exactement le coup de cœur que j’attendais, mais je ne regrette absolument pas d’être allée le voir. Il m’aura donné l’occasion de m’évader dans une Écosse tourmentée, auprès d’emblèmes internationaux, qui plus est, de deux femmes fortes. La photographie est magnifique, mais il m’a manqué une petite flamme pour faire la différence.

Ma note : 12/20

 

 

NB : Je ne suis pas historienne, et les éléments que j’ai glané ici et là ne sont donc peut-être pas tous justes, auquel cas, pardonnez-moi, et si vous avez des infos que je n’ai pas, n’hésitez pas à les notifier dans l’espace des commentaires ! 🙂

2 commentaires sur “Marie Stuart, reine d’Écosse | 2019

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  1. Très bon article ! Je suis allée voir ce film en début de semaine, j’avoue que j’ai été un peu déçue… J’ai trouvé que les événements s’enchaînaient beaucoup trop vite. Cependant l’esthétique est superbe et j’ai pris un grand plaisir à plonger dans l’atmosphère de l’Ecosse et surtout de ses paysages.

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