La servante écarlate | Margaret Atwood

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles.

Vêtue de rouge, Defred,  » servante écarlate  » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés.

La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid’s Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.

 

Écrit il y a plus de trente ans par Margaret Atwood, je ne connaissais pas ce roman fantastique et complètement dystopique… jusqu’à ce qu’OCS sorte une série basée sur les romans de cet univers en 2017. Propulsé au devant de la scène depuis lors, le livre n’est pas, à mon sens, le chef d’œuvre que beaucoup promulguent. C’est néanmoins une fiction tout à fait fascinante, qui mène à une intense réflexion sur notre façon de vivre, les conséquences de nos actes, la perte de notre liberté… et surtout, la place de la femme dans la société. Car le livre parle tout bonnement de l’esclavagisme des femmes aptes à la reproduction.

Les servantes écarlates sont placées pour une période de deux ans dans une famille, composée du Commandant et de son Épouse. Si au bout de deux ans, elles ne sont pas tombées enceintes de leur Commandant, elles sont confiées à une autre famille… dans la limite de trois placements. Si tous s’avèrent infructueux, c’est pas bon pour elles. Les Commandants ont tout pouvoir sur leur maison, et ont généralement un très bon statut socio-professionnel. Leurs Épouses, elles, n’ont à se préoccuper que de leur jardin, de leurs domestiques et de leurs relations sociales avec les autres Épouses du coin… Mais leur rôle n’est pas des plus enviables pour autant, puisque les servantes écarlates, elles, sont là pour assurer la pérennité de l’espèce, en donnant naissance à un enfant sain et en bonne santé… un enfant dont le Commandant et son Épouse seront les parents, mais qui aura été conçu par le Commandant avec ladite servante. Vous avez dit GLAUQUE ? Ainsi, sous le contrôle de l’Épouse, chaque mois, ces esclaves sexuelles doivent se donner à leur Commandant, dans l’espoir de se voir féconder. Lorsque cela arrive, la servante est placée au dessus de tous, et gagne une place de privilégiée.

Parmi les domestiques, on retrouve certains hommes, commis au voiturage ou au jardinage, et les Marthas, les servantes à proprement parler comme on le conçoit habituellement. Enfin, les Yeux sont chargés de surveiller et d’empêcher tout acte allant à l’encontre des principes évangélistes mis en place.

Dans ce nouveau monde, tout est uniformisé et répond à des codes bien précis. Vêtements, interactions sociales, activités de la vie quotidienne. Si quelqu’un ose sortir des sentiers battus, il a plutôt intérêt à être prompt à se donner la mort avant l’intervention des Yeux, sous peine de se voir soit torturé puis pendu, soit envoyé aux Colonies. Pas vraiment décrites, ce sont en fait des lieux où les gens sont réduits en esclavage et où l’espérance de vie n’est que de quelques années à cause des radiations nucléaires bien trop importantes. Miam, ça donne envie.

Voilà, l’univers se met peu à peu en place dans votre tête.

Il est intolérable de considérer qu’une telle situation puisse advenir réellement. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps, les femmes pouvaient n’être considérées que comme des ventres. Et c’est toujours le cas dans certains pays, où les femmes n’ont aucun droit, aucune liberté, et ne sont tolérées que pour leur pouvoir de donner la vie.

Le récit est déroulé à la première personne. Il plonge le lecteur dans la tête de Defred, la servante de Fred, le Commandant de la maison… Oui, car une servante a pour obligation d’oublier son propre nom, et de changer d’identité au grès des maisons qu’elle sert. Le récit est très lent, très froid, et sans prévenir, passe de l’instant présent au passé perdu de la jeune femme, celui où elle était libre. Ce contraste aide à prendre l’ampleur du changement qui s’est opéré dans la société, en si peu d’années finalement. Au fil des pages, elle dévoile, avec ses yeux de simple citoyenne d’un grand pays, comment elle a vécu la disparition plutôt brutale de ses droits les plus élémentaires : travailler, avoir un compte en banque. Jusqu’à avoir un nom. Elle raconte de façon subjective la réalité de son quotidien : l’ennui, l’interdiction de lire, de parler à cœur ouvert à d’autres personnes sous menace de se voir embarquer par les fameux Yeux, les exécutés pour trahison qui sont chaque jour hissés à la vue de tous “pour l’exemple”, la peur d’y voir son époux, duquel elle a été séparée il y a plusieurs années, l’absence déchirante de sa petite fille, le calvaire de devoir se donner à un homme et de se faire détester par sa femme…

Defred, dont on ne connaît pas la réelle identité, relate tout cela avec un certain détachement, et je l’ai déjà dit, une froideur sans précédent, d’ailleurs parfois très lyrique mais toujours crue. Elle n’a plus d’espoir, et pourtant, elle essaye de se rattacher à ce qu’elle peut pour ne pas sombrer dans la folie. Au début, je l’ai trouvée assez morne et inactive. Et puis j’ai fini par la comprendre, au fur et à mesure qu’elle distille les informations. Simple en apparence, le livre est en fait assez dur, et aborde moult sujets, encore aujourd’hui malheureusement bien d’actualité. Le message d’alerte sur les droits est des plus importants : nos droits sont-ils réellement acquis ? Si une dictature devait un jour se mettre en place, les femmes en serait parmi les premières victimes, en témoignent encore aujourd’hui la lutte incessante pour être reconnues comme égales aux hommes. Il y a un message féministe fort dans cet ouvrage, et je suis bien contente de l’avoir lu en cette période troublée où de plus en plus de femmes prennent le lead pour montrer que non, nous ne sommes pas des morceaux de viande sans cervelle que l’on peut utiliser à sa guise.

De plus, j’ai apprécié le fait que la narratrice nous laisse littéralement dans le flou : il est impossible de savoir en quelle année ni même durant quelle décennie son histoire commence. On ne connaît pas son nom, et cela contribue à la voir comme la femme écarlate, la Defred soumise qui pourtant, couve en elle une créature cachée, pleine de vie et qui ne demande qu’à respirer à l’air libre.

En soit, il n’y a pas d’énormes rebondissements au cours du récit, si ce n’est la fin qui m’a personnellement laissée avec une énorme envie de savoir la suite… et comme il n’y en a pas, ben je vais rester sur ma faim ! J’ai vu que Margareth Atwood a programmé un tome 2 pour 2019, mais il sera constitué des témoignages de trois femmes de Gilead. Malgré tout, il est intéressant de lire la Note historique à la fin du roman, car elle apporte une lumière sur les pages qui viennent d’être lues, et permet d’avoir une vision un peu différente sur les évènements et les personnages auxquels j’ai fini par m’attacher.

J’ai en horreur la quatrième de couverture qui 1) révèle beaucoup trop de choses au lecteur et 2) l’induit même en erreur car on s’attend alors à une lutte sans mercis contre l’oppression, mais en fait… pas du tout. C’est un point noir pour beaucoup de lecteurs : l’absence de réaction de Defred et de ses congénères face à ce qu’est maintenant leur vie. Mais comment réagirions-nous si cela devait nous arriver ? Serions-nous tous prêts à lutter jusqu’à la mort, ou nous sentirions-nous privilégiés de pouvoir continuer de vivre à la seule condition de ne pas faire de vagues ?

C’est un livre qui ne laisse pas indifférent. On peut l’abhorrer et le trouver ennuyeux à souhait, on peut l’adorer et y voir un vecteur de révolte. Dans tous les cas, c’est un noyau duquel partent des pistes de réflexion toutes plus cruciales les unes que les autres. Vous ne me croyez pas ? Alors pourquoi les sujets abordés nous touchent-ils autant, presque 40 ans après la parution du livre ?

 

Ma note : 16/20

 

2 commentaires sur “La servante écarlate | Margaret Atwood

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