La nuit des temps | René Barjavel

Dans l’immense paysage gelé, les membres des Expéditions Polaires françaises font un relevé sous-glaciaire. Un incroyable phénomène se produit : les appareils sondeurs enregistrent un signal. Il y a un émetteur sous la glace…

Attention, spoiler : ceci fait partie de mes livres préférés. L’objectivité ne sera donc pas de mise ici… Mais c’est un tel bonheur à lire !!!

La nuit des temps de Barjavel réalise un tour de force : faire naître l’une des plus belles histoires d’amour qu’il m’ait été donnée de lire, en pointant du doigt l’individualisme des nations et en réussissant à les faire travailler main dans la main. Impressionnant, quand on remet le livre dans son contexte de l’époque. Il est paru en 1968… en pleine Guerre Froide. Les menaces nucléaires sont bien présentes et les tensions entre l’URSS et les États-Unis n’ont jamais été aussi fortes.

 

De ce livre naissent plusieurs choses.

Tout d’abord une réflexion profonde sur l’humanité. L’homme de l’époque, avec ses souvenirs de la guerre, demeurant derrière sa télévision, à observer le monde par cette fenêtre virtuelle. Il se heurte à la génération de 68, qui se lève pour accéder à ses droits. Les tensions entre nations sont fortes, et chacune voudrait pouvoir s’approprier les découvertes faites en Antarctique par les chercheurs français. Et pourtant, dans l’urgence et grâce à quelques rares sages, les pays vont œuvrer ensemble, chacun selon ses propres moyens : à qui les connaissances numériques, à qui les ressources énergétiques, à qui les cerveaux, à qui les moyens économiques. Bien entendu, il impossible de réunir les milliards d’êtres humains qui peuplent cette bonne vieille planète Terre dans un unique but non lucratif. Aussi certains couacs interviennent au cours du livre : tentatives de sabotage, d’enlèvement, fuite médiatique…

L’apparition des ordinateurs s’est faite à peu près au moment de l’écriture de ce roman de science-fiction. Barjavel exploite à merveille cette nouvelle ressource mnésique, ainsi que les avancées scientifiques et technologiques de l’époque, créant des centres d’études adaptés aux continuels -60°C de l’Antarctique, avec ses petites brises à 250 km/h qui vous laisse quelques secondes seulement pour survivre avant de vous geler membres et organes.

Ensuite, il y a la remise en question de toutes nos croyances. Comment réagir lorsque tout ce à quoi nous croyions, tout ce que la science avait pu mettre à jour, se révélait biaisé ? Que penseriez-vous à l’idée qu’une espèce bien plus évoluée et intelligente que nous… nous ait précédé sur Terre ? C’est la question que pose l’auteur en écrivant son œuvre.

Comment penser, et surtout, comment accepter, que nous sommes loin de tout savoir, avec nos moyens actuels, alors qu’il y a 900 000 ans, les hommes et les femmes vivaient dans l’harmonie (en tous cas, en Gondawa), dans l’équité et dans le respect de la vie ?

Ce que je raconte là semble super chiant n’est-ce pas ? Avec un rythme qui lui est propre et des détails d’une réalité surprenante, René Barjavel nous emmène dans une histoire d’amour dramatique qui n’a rien à envier à Roméo et Juliette, à Tristan et Iseult, à Marc-Antoine et Cléopâtre ou encore à Paul et Virginie… Eléa et Païkan, Païkan et Eléa, deux êtres qui n’en font qu’un, choisis l’un pour l’autre et à jamais. Sans être dégoulinants d’amour et de sentiments à vomir, leur amour est simple, naturel, inconditionnel. Ils évoluaient dans un monde juste, où tous étaient acceptés. Chacun contribue au bien-être commun, chacun a droit à sa part de bonheur. Les gestes de tous les jours sont facilités par des machines qui produisent exactement les nutriments dont on a besoin, et la maîtrise de l’énergie universelle, expliquée par l’équation de Zoran. Par ce biais, Barjavel met en exergue leur supériorité non seulement en termes d’intelligence, mais également sociale et morale. Ils avaient trouvé la manière de réguler justement leur population, de produire en cohabitation avec la nature, et même notre technologie de 2019 ne peut pas effleurer la leur.

Au cours de toutes ces pages se mêlent aventure, passion, action, un savant mélange qui ne laisse pas indifférent. L’histoire de Eléa et Païkan m’a prise au tripes et m’a arrachée des larmes. La fin est à la fois inéluctable et inattendue, rendant d’autant plus dramatique toutes les épreuves traversées par le monde entier, le temps de quelques jours, depuis la découverte de cette mystérieuse capsule d’or, enfouie à des kilomètres sous la glace éternelle du sixième continent.

Une pépite à lire pour ne pas mourir ignorant.

Ma note (sans surprises) : 20/20

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