Mémorable nuit de noces

Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture de Beren_Illustree (jeudi soir, 21h00), le 23 janvier 2020.

Consignes : construire un récit en 20 min qui respecte les thèmes suivants

1. Intro/décor : Un banquet extraordinaire
2. Personnage 1 : Peureux
3. Personnage 2 : Rebelle
Trait de caractère bonus : ambitieux
4. Nœud : Quelqu’un semble bien avoir un amant ou une maîtresse
5. Retournement de situation : Un misogyne anxieux entre en scène
6. Surprise : Une bataille de bouffe sur la place du village
7. Dénouement/conclusion : Pendu haut et court

 

Vue du dehors, l’auberge semblait un phare dans la nuit. Les fenêtres ouvertes laissaient échapper des trilles entraînants, véritables invitations à venir faire la fête. A l’intérieur, l’immense cheminée jetait ses flammes sur les figures rougeaudes des invités dont les intonations allaient crescendo en même temps que les pichets de vin se vidaient. Un épais fumet de jambon rôti et d’oignons rissolés au beurre flottait dans l’air, alourdissant encore l’air déjà saturé de relents de bière éventée. Les tables croulaient les mets, dégoulinants de sauces et croustillants de graisse. En remontant vers le fond de la salle, on arrivait sur une zone moins… joyeuse. Les nouveaux époux trônaient en bout de table. Trônaient… Un bien grand mot ! Ils se tournaient quasiment le dos.

A gauche, Lo. Grand comme un géant, fin comme une épée, peureux comme un hérisson au bord de la route. A droite, Opa. Petite comme une fleur, ronde comme une pomme, rebelle comme une abeille enfermée dans un bocal. L’atmosphère était quasi électrique, tant et si bien que les cheveux d’Opa étaient dressés sur sa tête tandis que Lo se tassait dans son fauteuil à vue d’œil. Il était clair que ces deux-là n’avaient pas vraiment eu le choix, et les responsables de cette situation avaient assez d’aplomb pour ne pas se recroqueviller sous le regard assassin de la jeune fille.

En effet, les deux pères se tapaient dans le dos à grand renfort de rires tonitruants et de blagues graveleuses ! L’un avait gagné un plein sac d’or et s’était débarrassé de son trouillard de rejeton, l’autre avait gagné la paix en se débarrassant de cette vilaine trogne de fille. Plus qu’à se débarrasser de sa femme qui l’empêchait d’afficher au grand jour son étroite amitié avec Bertille, la voisine aux généreuses… ressources, et le tour serait joué !

Ils croyaient tous les deux gagner au change. Mais c’était se fourrer le doigt dans le nez jusqu’à l’épaule ! Car aux alentours de minuit, alors que les langues se déliaient et que les estomacs finissaient de se remplir, un homme débarqua dans l’auberge, hurlant à qui mieux mieux qu’il avait croisé le diable en personne. Les invités commencèrent par se moquer de lui, mais peu à peu, les rires retombèrent. L’homme, inconnu du village, semblait venir de la ville, à deux jours de voyage de là. Lorsqu’il se mit à leur décrire la grande bête rouge qu’il avait croisé et qui avait incendié son chariot, belle comme les flammes, tentatrice comme une femme et colérique comme une furie, leurs yeux s’agrandirent. Mais que venait faire Jeanne au village ? Cette bonne femme avait été chassée du village depuis belle lurette pour avoir essayé, à plusieurs reprises, de voler de l’or au propre père d’Opa.

Opa qui, dans sa joie de voir les choses se gâter, se mit à hurler au loup lorsque la fameuse Jeanne passa la porte ! Cette dernière sauta à la gorge du malheureux marchand qui avait en réalité repoussé ses avances, dégoûté par la pauvre femme forcée à l’ermitage par son exclusion du village.

Un immense capharnaüm s’ensuivit, et de mémoire d’homme, jamais tant de nourriture ne vola à si grande vitesse que cette nuit-là ! Les villageois étaient si empressés qu’ils sortirent de l’auberge pour poursuivre leur rixe sur la place publique. Les choux croisèrent les cornemuses des musiciens, les pichets de vin s’écrasèrent sur les murs, les morceaux de bidoche frappèrent les patates sautées. Des mies de pain vinrent même se coincer dans les narines du pauvre Lo, qui s’étouffa en tremblant dans son coin, incapable de vaincre son angoisse pour appeler à l’aide !

Au petit matin, son corps fut découvert, bleuie. Opa ne put dissimuler sa joie de se trouver aussi veuve que libre. Grand mal lui en prit, car persuadés de sa vilénie et de son empressement vouloir se débarrasser d’un époux dont il était de notoriété publique qu’elle n’avait jamais voulu, elle fut, par la volonté de tous les invités survivants, pendue haut et court devant cette même auberge où tout un village s’était mis sur la figure quelques heures seulement auparavant !

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