Au terme du voyage

Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture de Beren_Illustree (jeudi soir, 21h00), le 30 janvier 2020.

Consignes : construire un récit en 20 min qui respecte le thème suivant : description d’une ville à partir d’une carte.

 

Les roues du chariot heurtèrent les premiers pavés du pont, et l’air s’emplit de tac tac qui remplacèrent le bruit feutré qui avait accompagné ces derniers jours de voyage.

Je pris le temps de m’arrêter au beau milieu pour admirer l’entrée de la vieille ville qui se dressait, fière et forte comme une vieille dame, sur les bords de Loire. Personne ne m’arrêta lorsqu’enfin, je pénétrais dans l’enceinte de ma ville natale. Je suivis l’avenue principale, bordée de maisons à colombages de plus en plus serrées les unes contre les autres au fur et à mesure que j’avançais.

Certaines penchaient dangereusement par-dessus la chaussée, formant parfois une arche quasi parfaite au-dessus de ma tête. Les rues étaient étonnamment propres lorsque je les comparais à celles de Paris. Ici, point d’immondices innommables le long des demeures, pas d’odeurs de vieille urine, pas de rats qui s’enfuyaient à l’approche d’un chien famélique. Au contraire, si le trottoir grouillait, c’était de vies humaines allègres et joyeuses. Le brouhaha des conversations envahissait les rues. Seules les voix tonnantes des crieurs parvenaient par moment à dominer cette joyeuse cacophonie lorsque je parvins à déboucher sur la place du marché. Les étals, protégés par des haut-vents aux couleurs éclatantes, proposaient une multitude de produits d’ici et d’ailleurs : là, un maraicher vendait des fruits mûrs à point, ici, un tailleur examinait avec une loupe une pierre pourpre qu’un client lui avait apporté ; devant lui, des dizaines de gemmes reposaient dans des écrins de velours, certaines grosses comme un poing, d’autres, pas plus grandes qu’un grain de sable.

Plus loin, sous de lourdes tentures écarlates, des marchands orientaux avaient étalé devant eux les soies les plus fines et les dentelles les plus raffinées. Quelques roulottes avaient pris place au fond de la place, près de l’église ; des femmes à la peau dorée et aux cheveux de jais y lisaient l’avenir dans les lignes de la main ou dans le dessin des feuilles de thé.

Et ces odeurs… A m’en faire tourner la tête ! Les épices chauffées par le soleil de midi embaumaient l’air ambiant, se mêlant aux senteurs florales des savons de Provence, aux parfums entêtants des fleurs d’été, ce qui, étonnamment, se combinait particulièrement bien avec les émanations de poulet rôti et de légumes rissolés.

Hélas, je n’étais pas venu de si loin pour me perdre dans la contemplation de ce fourmillement d’activités ordinaires de gens non moins ordinaires. Je laissais la charrette dans un coin réservé à cet usage, moyennant un sou auprès du jeune garçon qui s’en occupait, assis sur une barrière, souriant de toutes ses dents de lait absentes. En m’éloignant de l’épicentre, les rues se firent plus étroites et l’activité incessante s’estompa peu à peu, jusqu’à complètement s’éteindre à mes oreilles quant j’atteignis le terme de mon voyage. Les voisins de ma mère étaient beaucoup moins loquaces que tous ces gens que je venais de quitter. Après une grande inspiration, je pénétrais dans le cimetière, ceint de pierres moussues et fleurant bon le lilas qui fleurissaient aux quatre coins des tombes.

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