Frankenstein ou le Prométhée moderne | Mary W. SHELLEY

Victor Frankenstein ! C’est l’inventeur, le savant maudit ! A quinze ans, il est témoin d’un violent orage foudre, traînée de feu, destruction d’un chêne… Son destin est tracé. Après des années de labeur, il apprend à maîtriser les éléments ; l’alchimie est pour lui une seconde nature. Bientôt il détient le pouvoir de conférer la vie à la matière inerte. Nuit terrible qui voit la naissance de l’horrible créature faite d’un assemblage de cadavres ! L’œuvre de Frankenstein. Un monstre ! Repoussant, inachevé mais doté, d’une force surhumaine et conscient de sa solitude. Échappé des ténèbres, il va, dans sa détresse, semer autour de lui crimes et désolation. D’esclave qu’il aurait dû être, il devient alors le maître, harcelant son créateur. Il lui faut une compagne semblable à lui… Pour Frankenstein, l’enfer est à venir…

Vous voulez rire ? Vous pourrez, quand vous saurez… que je n’avais jamais lu Frankenstein jusqu’à la fin de l’année dernière. Voilà, c’est dit, j’ai remédié de manière infime à mon inculture ! Oh, bien entendu, comme tout le monde, j’ai entendu parlé de cette histoire, très prisée au cinéma. Finalement je ne connaissais absolument pas les tenants et les aboutissants de l’œuvre originale, et j’étais à mille lieux de me figurer cette histoire-là.

En effet, dans l’imaginaire que les films et autres clins d’oeil au fameux monstre de Frankenstein m’ont permis de développé, la créature n’était qu’un monstre. Or l’oeuvre de Mary Shelley est tellement plus que cela…

Le livre commence de manière épistolaire : Robert Walton raconte à sa sœur son périple en Europe du Nord et son enrôlement sur un bateau. Ce début ne prend d’intérêt que lorsque le jeune Walton évoque un étrange sauvetage en pleine mer qu’ils ont effectué. Par le plus grand des hasards, l’équipage vient de sauver Frankenstein lui-même. Ce dernier et Walton vont nouer des liens, et cette amitié conduira Victor Frankenstein à lui confier son histoire, quelque peu étrange. Ce début est peu intéressant par rapport au reste du livre, mais il livre une introduction qui donne envie d’en savoir davantage. L’idée de plonger comme cela dans la vie du scientifique à travers un œil extérieur, l’œil de Walton, est intéressante, et c’est une manière d’approcher le mythe qui m’a séduite.

Pour faire bref, Victor appartient à une famille de Genève. Passionné de sciences, il étudie la philosophie naturelle avant de s’intéresser, à l’adolescence, à l’alchimie. Partant poursuivre ses études à Ingolstadt, il fait de rapides progrès qui lui donneront le secret… pour créer la vie. Comment, cela reste un mystère sur lequel Mary Shelley ne s’attarde pas ! Mais en gros, il lui faut des notions d’anatomie, des talents de couturier et des impulsions électriques pour donner vie au tout. L’attention du lecteur sera surtout portée sur l’aspect psychologique d’un tel acte : Victor, victorieux, ressent un profond dégoût de lui-même ainsi que de la créature créée. Son aspect physique est repoussant, mais surtout, a-t-elle une âme ? Comment le jeune homme a-t-il pu commettre un tel acte contre nature ? Victor Frankenstein sombre dans une dépression doublée de crise nerveuse qui le mèneront presque jusqu’à la mort. En attendant, la créature, elle, s’est enfuie… S’ensuit une course poursuite qui durera des années, Frankenstein désespérant de pouvoir mettre la main sur sa créature.

Je vous laisserai découvrir les autres versants de l’histoire, plutôt déconcertante, toujours époustouflante. Le livre est loin de ne parler que d’horreur. Il aborde quantité de thèmes qui sont étonnamment toujours d’actualité, dans un style limite contemporain. Abandon, éducation, condition de la femme, solitude, rejet et préjugés sur l’apparence sont quelques sujets souvent retrouvés dans les œuvres littéraires, mais elles sont ici complétées par le sens de la justice parfois « borderline » du plus grand nombre, ou encore la dépression.

Au fil des pages se révèle un ensemble plus que cohérent, complexe, construit avec intelligence. La créature m’a plus fait pitié que frémir : après tout, il n’a pas demandé à être créé puis abandonné à son sort. Il doit se battre pour survivre, et en tant qu’unique représentant de son espèce, il se heurte à la fois à la solitude et au rejet de son créateur. Lui qui ne demande finalement qu’un peu d’humanisme de la part de Victor pour que celui-ci lui accorde quelqu’un avec qui partager cette solitude… Dans un certain sens, il a ceci de très humain : il recherche le contact, l’amour de ses semblables.

En bref, je vous recommande vivement cette lecture, non seulement parce que c’est un monument de la littérature internationale, un pilier de la pop culture, un grand classique parmi tant d’autres, mais également parce que c’est une histoire déstabilisante, étonnamment humaine et contemporaine.

Ma note : 15/20

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