Brooklyn | Colm TOIBIN

Enniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 1950. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis. En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier. Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande. À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse, Mme Kehoe, et des autres locataires.

Au début, le mal du pays submerge Eilis. Triste et solitaire, elle trouve du réconfort auprès du père Flood, qui l’incite à reprendre ses études de comptabilité. Avec le temps, Eilis finit par s’attacher à ses nouvelles habitudes, combinant ses journées autour de son emploi à temps complet dans une boutique de vêtements pour dames et de ses cours du soir. Elle prend peu à peu l’habitude d’accompagner ses colocataires au bal paroissial du vendredi soir, où elle va rencontrer Tony, un italien né à Brooklyn. Tendre, joyeux, attentionné et patient, il va prendre sa place dans l’existence d’Eilis, qui se trace toute seule. Jusqu’à ce qu’un drame la contraigne à rentrer en Irlande pour quelques semaines, remettant alors en cause toutes les certitudes acquises par la force de sa routine américaine.

Pour être toute à fait franche, j’ai vu le film de John Crowley, avec l’une de mes actrices fétiches (Soirse Ronan) sorti en 2015. Et j’avais, de souvenir, beaucoup aimé ! Alors vous prendrez l’ampleur de ma déception lorsque vous saurez que j’ai idéalisé le livre.

Brooklyn est un roman d’apprentissage qui se lit facilement. Page après page, on assiste à la vie d’Eilis… tout comme elle, qui n’en est pas vraiment actrice. Peu sure d’elle comme de ses choix, réservée et réfléchie, elle aurait pu être attachante. Sa vie est régie par les autres : en Irlande, par sa mère et sa sœur ; en Amérique, par le père Flood, Mlle Fortini au travail, Mme Kohoe et ses colocataires à la maison ; évidemment, et plus ou moins subtilement, par Tony lorsqu’ils entament leur relation… Il faut bien évidemment se remettre dans le contexte : l’exode post-seconde guerre mondiale pousse les Irlandais tout comme d’autres Européens à émigrer aux USA. L’auteur a d’ailleurs, je trouve, bien retranscrit les oppositions entre l’Irlande conservatrice et pudique et le New York moderne et en avance sur son temps. La ville est cosmopolite, ce dont Eilis n’a pas l’habitude, et elle va peu à peu se faire une toute petite place dans ce monde immense et inconnu. Certaines scènes ont rendu réelles les petits pas de la révolution de la société, avec l’affirmation du peuple noir, les différentes communautés qui vivent les unes à côté des autres sans vraiment se mélanger, ou encore la place des femmes dans la société.

Malgré tout, je n’ai pas du tout réussi à m’identifier à Eilis, ni même à m’attacher à son personnage. Pour moi, elle demeure mièvre, fade, et peu reconnaissante de ce qui lui arrive. C’est extrêmement dommage, car ce n’est pas donné à n’importe qui de pouvoir s’exiler à l’autre bout d’un océan, dans un endroit inconnu, loin de tout ce qui semble familier. Elle fait preuve d’un certain courage, courage que je n’ai pas du tout retrouvé au fil des pages. De plus, même si je l’ai lu rapidement, il ne se passe finalement pas grand-chose au cours du livre. Tout s’accélère à la fin, alors que de nombreux passages auparavant auraient pu être raccourcis. Mais j’en reviens au caractère d’Eilis : je l’ai trouvé très mature sur certains points, et tellement insupportable sur d’autres. Elle subit sa vie, critiquant ce qui l’entoure en son for intérieur mais sans jamais rien en montrer. C’est limite à se demander si finalement, elle n’en a pas rien à faire de Tony.

Bref, j’ai eu beaucoup de mal avec son personnage, ce qui n’était pas le cas lorsque j’ai visionné le film. Dommage, car si je n’avais pas été aussi insensible au personnage principal, j’aurais pu adorer ce livre. C’était déjà si bien parti avec le contexte « Irlande, 1950 »… ! Mais de surcroit, les personnages secondaires redorent le blason, car pour le coup, et contrairement à l’héroïne du livre, je les ai trouvés attachants et bien construits, avec une mention spéciale pour Tony, Rose et Jim.

La fin, abrupte, laisse à l’imagination du lecteur le choix de la suite de l’histoire. J’ai pourtant trouvé la morale ambigüe : retourner vers sa nouvelle vie pour retrouver un homme qu’elle n’aime pas (est-ce l’incertitude de la jeunesse qui lui fait dire cela quelques pages avant la dernière ?) et une vie toute tracée qui lui fait peur ? Laisser derrière elle la maison où elle se sent chez elle, sa mère, et potentiellement un homme avec lequel elle pourrait s’épanouir, au milieu des gens qu’elle connaît ? Tout cela me chiffonne et me donnent à penser que je n’aime pas du tout avoir un avis mitigé sur un livre !!!

Néanmoins, l’ambiance générale du livre est plaisante, le style, fluide et fin. Agréable.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Ma note : 11/20

2 commentaires sur “Brooklyn | Colm TOIBIN

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  1. Hello,
    Je ne connais pas du tout ce roman, ni même le film. Mais ce que tu décris dans ta déception du personnage principal, me fait penser à ce que j’ai ressenti pendant ma lecture de : Le temps est assassin de Michel Bussi. Le personnage principal ne m’avait pas convaincu, et avait rendu ma lecture fade.

    Il te restera le souvenir du film au moins 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Coucou 🙂 oui ça fait bizarre car ordinairement je préfère 100 fois les livres aux adaptations cinématographiques. Mais bon, il faut bien des exceptions pour « confirmer la normes » !!! C’est dommage mais c’est comme ça 🙂 je t’avoues n’avoir lu qu’un avion sans elle de Bussi… n’empêche que ça m’a donné envie de retourner en Irlande cette histoire !!! 😘

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